Donatien donne les clés de son quartier

Pauline Froissart

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Les visiteurs peuvent déguster des raviolis chinois confectionnés devant leurs yeux.
Les visiteurs peuvent déguster des raviolis chinois confectionnés devant leurs yeux. — S. POUZET / 20 MINUTES

« Paris est la seule ville au monde où il n'y a pas un, mais des quartiers chinois : le 13e arrondissement, les Arts et Métiers (3e) et Belleville (20e). Belleville est le plus chinois des quartiers chinois. » En quelques phrases, Donatien Schramm plante le décor. Depuis qu'il a épousé une Franco-Chinoise, il y a un peu plus de vingt ans, cet ancien journaliste s'est pris de passion pour l'empire du Milieu.

Une figure du quartier
Maîtrisant aujourd'hui parfaitement le mandarin, ce quinquagénaire au regard malicieux est devenu une figure du quartier de Belleville, qu'il fait découvrir aux curieux. Désignant une gargote aux visiteurs du jour, il explique : « Pour vous, c'est un restaurant chinois comme un autre, mais quand on connaît, on voit tout de suite que c'est un restaurant d'Indochine. » Et de décrypter les spécialités à la vapeur, typiques de cette cuisine. « Les Chinois ne sont pas un groupe monolithique. Ils sont avant tout originaires d'une région et chaque région est grande comme un pays d'Europe », souligne Donatien Schramm. Plusieurs vagues d'immigration chinoise se sont succédé à Belleville, raconte-t-il. Les premiers à s'installer, dans les années 1960-1970, sont des Chinois émigrés d'Indochine, qui quittent le 13e pour s'implanter autour du métro Belleville, lieu de passage évident. La deuxième vague vient du Wenzhou. Elle forme aujourd'hui la communauté la plus nombreuse à Belleville. Puis, « il y a une quinzaine d'années » sont venus les Dongbei, originaires des grandes villes du nord-est de la Chine.
« Vous voyez ces femmes qui marchent lentement près des toilettes publiques ? », interpelle le guide. « Ce sont des Dongbei. Elles font le plus vieux métier du monde. Les autres Chinois les méprisent. »
Au fil de la promenade, Donatien Schramm emmène sa petite troupe dans une herboristerie, chez un marchand de tofu ou leur fait goûter des raviolis chinois, confectionnés devant leurs yeux.
Fréquemment interrompu pour saluer un voisin ou plaisanter avec un commerçant, le guide confie que « parler chinois, ça change tout. Pour eux, c'est comme si je faisais partie de la famille ». Il espère que ces visites permettront aux « gens de changer leur regard et de se comprendre un peu mieux ».