Journée à remous pour Valérie Pécresse

POLITIQUE «20 Minutes» a suivi cinq têtes de liste franciliennes durant une journée de campagne (1/5)...

Magali Gruet

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L'accueil était assez froid en gare d'Evry (en haut), où les militants UMP s'étaient pourtant déplacés en nombre. Valérie Pécresse doit concilier son agenda de ministre de la Recherche (au milieu) et ses rendez-vous de campagne (en bas).
L'accueil était assez froid en gare d'Evry (en haut), où les militants UMP s'étaient pourtant déplacés en nombre. Valérie Pécresse doit concilier son agenda de ministre de la Recherche (au milieu) et ses rendez-vous de campagne (en bas). — Photos : Serge Pouzet / 20 Minutes

Reportage au côté de Valérie Pécresse, ministre de la Recherche et tête de liste UMP en Ile-de-France.

6h30 Devant sa maison de Versailles, son chauffeur et son garde du corps attendent la ministre dans sa petite voiture de campagne. Valérie Pécresse les rejoint, les bras chargés de dossiers qu'elle tasse dans le coffre. Direction Evry pour un tractage en gare avec Nathalie Kosciuzco-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Economie numérique, et sa tête de liste dans le département.

Sur le trajet, Valérie Pécresse écoute les messages de la nuit, tente un coup de fil à son mari en déplacement en Chine. Un «merde, je l'ai raté!» lui échappe. «Généralement, je profite aussi de la route du matin pour lire la presse, mais là les kiosques étaient encore fermés.» Une retouche maquillage rapide. Un deuxième appel: «Allo, Nat, t'es où, t'es arrivée?» Sa voiture s'immobilise devant la gare.

«Nous sommes en terrain hostile»

7h30 Elle fait la bise à Nathalie Kosciuzco-Morizet. Des dizaines de militants sont venus les aider à tracter. Ils sont presque plus nombreux que les usagers, en cette première journée de vacances scolaires. Durant une heure, les deux femmes se ruent vers la foule à chaque arrivée de train ou de bus pour distribuer leurs tracts, glisser un mot pour convaincre. L'accueil est plutôt froid. «Nous sommes en terrain hostile», ironise la candidate UMP.

8h30 Valérie Pécresse laisse ses ouailles pour rejoindre Paris. «Je ne peux pas rester pour le café, j'ai une réunion au ministère. J'y vais en RER.» «Bonne chance», ironise un militant. Dans le train, après quelques échanges avec des voyageurs qui l'ont reconnue, la ministre ouvre les journaux. Elle s'attarde sur les articles qui la concernent : «Ile-de-France: Valérie Pécresse veut faire mentir les sondages» ou «L'UMP en quête de pièces à conviction en Ile-de-France». A propos d'Ali Soumaré, tête de liste PS dans le Val-d'Oise, que l'UMP local a traité de délinquant récidiviste. Une affaire qui rythmera sa journée.

9h36 Arrivée au ministère. Valérie Pécresse s'enferme pour une réunion sur le grand emprunt.

11h30 Départ pour son Qg de campagne, une péniche amarrée au port de Javel (15e), où elle doit tenir une conférence de presse sur la diversité. Valérie Pécresse est fière de faire visiter son bureau, la cabine du capitaine. «Un président de région, c'est un peu le capitaine d'un bateau. Il doit mener son équipage à bon port», lance-t-elle. Ce qui l'attend est beaucoup moins bon enfant.

Répondre à côté des questions qui dérangent

Les médias sont venus pour l'interpeller sur l'affaire Soumaré. «Faut-il avoir un casier judiciaire vierge pour être sur les listes UMP?», « Ali Soumaré n'a t-il pas droit à une seconde chance?», lui lancent les journalistes. La ministre répond à côté des questions gênantes, ce qui en provoque de nouvelles. Elle est interrogée sur la diversité de ses têtes de liste. Elle botte encore en touche: «Pour moi, la diversité, c'est aussi le parcours. Quand on vient d'un milieu rural, c'est la diversité.» Les journalistes repartiront bredouilles.

12h45 Retour au ministère. Dans la voiture qui la raccompagne, Valérie Pécresse explique qu'elle voudrait «parler du fond dans cette campagne», qu'elle «en a marre des histoires de caniveau». Mais n'est-ce pas son propre clan qui a allumé le feu? «Ce n'était pas mon initiative.» Un déjeuner avec une équipe de télévision, qui ne manquera pas de l'interroger sur le sujet, l'attend.

16h Après une nouvelle réunion ministérielle, la candidate reprend la route, direction Roissy (Val-d'Oise). Elle a prévu de visiter une crèche innovante qui se trouve, justement, sur les terres du candidat Soumaré. Les caméras qui ont fait le déplacement ne s'intéressent qu'à cette affaire. «Le sujet du jour, ce n'est pas les crèches, on s'en fout», lui lance un caméraman. Elle se réfugie alors dans la crèche. Elle discute avec des parents, prend quelques enfants dans ses bras, fait mine de s'intéresser à l'atelier peinture, mais la fatigue se fait sentir.

«Généralement, pour tenir le coup, je fais des micro-siestes dans la voiture», a t-elle confié plus tôt dans la journée. Une ultime réunion «de stratégie» l'attend sur sa péniche. Ensuite, elle passera la soirée en famille, «ce qui est exceptionnel». Le lendemain, son programme est tout aussi chargé. Et si elle faisait tout ça pour rien? «La défaite, je ne l'envisage pas. Je ne peux pas me battre si j'ai cette perspective.»