La maîtresse n'explique pas son geste fatal

William Molinié

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Jessica Davies arrivant à la cour d'assises de Versailles, lundi 11 janvier 2010.
Jessica Davies arrivant à la cour d'assises de Versailles, lundi 11 janvier 2010. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Une mémoire « sélective ». Jessica Davies se souvient de beaucoup de choses, excepté du plus important : pourquoi a-t-elle enfoncé un couteau dans la partie gauche du thorax d'Olivier Mugnier ? La jeune femme de 30 ans, nièce de Quentin Davies, secrétaire d'Etat britannique à la Défense, comparaît pour homicide volontaire depuis hier devant la cour d'assises des Yvelines à Versailles.

Debout, les cheveux châtains tirés en arrière, la jeune femme aux traits fins raconte la soirée du 10 novembre 2007. Elle vient de faire la tournée des bars de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) lorsque vers 23 h, elle atterrit au O'Sullivans, un pub irlandais. Connue des habitués pour être « rentre-dedans » avec les hommes, elle y « branche » Olivier Mugnier, 24 ans, qui lui offre plusieurs verres d'alcool. A la fermeture, elle l'invite chez elle. Et la soirée, arrosée, se poursuit : pendant qu'il roule un joint, elle ouvre une bouteille de vin blanc. « C'était clair qu'on aurait une relation sexuelle », précise-t-elle. Les deux amants s'enlacent mais très vite, Jessica demande à Olivier de s'arrêter. « A cause de l'alcool, il n'arrivait pas à avoir d'érection et ça me faisait mal », explique-t-elle, sans plus de détails. Puis plus rien, le « trou noir ». La première image de son « réveil » est celle d'Olivier, inconscient, une plaie au niveau du coeur. Elle tente un point de compression, et appelle les secours. Tout en étant persuadée qu'elle est l'auteur des actes, la jeune femme se rappelle la sensation du couteau, enfoncé « facilement » dans le corps de sa victime.

Hier, le passé de Jessica Davies a été épluché pour tenter de comprendre son geste (lire encadré). Issue d'une famille plutôt bourgeoise, elle a passé son enfance à suivre le rythme des déménagements liés au travail de son père. Ce dernier, souvent absent, dira même, à propos de l'adolescence de sa fille, qu'il « ne la connaît pas ». Plus proche de sa mère, mais « constamment en conflit », Jessica Davies raconte que son état psychologique s'est dégradé quand ses parents se sont séparés. Les experts psychiatres, qui devraient se succéder aujourd'hui à la barre, ont conclu à « l'altération de sa responsabilité ». Me Martine Boucara, l'avocate de la famille de la victime, prévient : « C'est un geste très grave. Mes clients sont sidérés. Leur peine est dure et tapie de douleur. Il faut une sanction. » Verdict ce soir. W