Des vols de mobiles imaginaires à la pelle

SOCIÉTÉ tiers des plaintes pour «vols avec violence» de téléphone portable seraient fausses...

William Molinié

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Les vols de téléphone portable sont en baisse. Moins 10% en France l'année dernière, d'après le ministère de l'Intérieur, qui a recensé 156.500 plaintes, contre 185.000 cinq ans plus tôt. A Paris, au contraire, d'après la préfecture de police, les chiffres sont stables. En partie à cause des fausses déclarations concernant les vols de téléphone portable «avec violence». La nuance est capitale. Car à chaque dépôt de ce type de plainte dans un commissariat parisien, une enquête est ouverte. Et elle mobilise systématiquement un des dix policiers du service d'investigations transversales de la préfecture de police de Paris. Ils travaillent à plein temps et durant toute l'année pour tenter de retrouver les téléphones. Ou tout du moins, déceler les éventuels voleurs en série. Problème? D'après les policiers, sur les quelque 1.600 plaintes déposées pour «vol avec violence» d'un portable, un tiers seraient fausses (lire l'interview du commissaire divisionnaire). Ce qui alourdirait considérablement leur travail. Et aurait un coût: plusieurs centaines d'euros pour chaque enquête ouverte.

Escroquer son assurance

Les fausses dépositions représenteraient un peu plus de cinq cents procès-verbaux dressés l'an dernier à Paris. Le but: escroquer son assurance pour se faire rembourser son téléphone. «C'est la raison pour laquelle les opérateurs proposent plusieurs niveaux d'indemnisation», explique-t-on à l'Association française des opérateurs mobiles. Généralement, les assurances les moins chères ne prennent en compte que le vol «avec violence». Au mieux, le vol à l'arraché. Du coup, «certains déclarent qu'on leur a extorqué leur portable en les menaçant, par exemple, avec un couteau, alors qu'ils l'ont tout simplement perdu ou cassé», lâche-t-on très discrètement chez un grand opérateur de téléphonie mobile. «Surtout, on ne voudrait pas que ça donne de mauvaises idées», justifie-t-on.

Les fonctionnaires de police, eux, insistent sur le fait que la dénonciation de crime imaginaire est un délit au même titre que l'escroquerie à l'assurance. Des faits passibles de poursuites pénales, d'amendes, voire de peines de prison.

Usurpation d’identité

D'après nos informations, le préfet de police de Paris aurait rencontré plusieurs fois cette année les professionnels de la téléphonie mobile, pour trouver une solution aux fausses déclarations. Plusieurs pistes auraient été abordées. Et notamment la suppression de la mention «avec violence» dans les contrats d'assurances. Par ailleurs, une carte d'identité pourrait obligatoirement être demandée, comme c'est déjà le cas la plupart du temps, lors de la souscription à un abonnement en magasin. Afin d'éviter une technique de vol bien connue des receleurs: l'usurpation d'identité lors de l'achat d'un téléphone pour mieux le revendre incognito.