« On ne condamne pas quelqu'un pour faire peur aux autres »

— 

La procureur de la République, hier, dans son bureau au palais de justice de Bobigny.
La procureur de la République, hier, dans son bureau au palais de justice de Bobigny. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Quelles sont vos priorités en matière de politique pénale ?

Je veux avoir une action prioritaire de lutte contre la délinquance organisée, tout particulièrement contre le trafic de stupéfiants. Priorité également à la lutte contre les violences conjugales et sexuelles à l'égard des enfants, aux violences entre les bandes, contre les policiers, les pompiers et les professionnels de santé. Nous avons le plus important tribunal pour enfants. Il faut une politique offensive. Elle suppose des actes forts de répression mais aussi de prévention. Pour les actes de petite ou de moyenne délinquance, on pourra envisager des mesures alternatives aux poursuites, comme la réparation pénale, le stage de citoyenneté, ou des prises en charge plus éducatives.

Exigerez-vous des peines exemplaires ?

Je suis plutôt sur la notion de peines justes. Elles doivent tenir compte des faits reprochés, du parcours de la personne et de ses antécédents. Certaines peines justes sont sévères. Nécessairement, elles ont une portée exemplaire pour ceux qui s'apprêtent à commettre les mêmes délits. Mais on ne condamne pas quelqu'un pour faire peur aux autres.

A l'aéroport de Roissy, les associations dénoncent une situation inacceptable dans la zone d'attente pour les étrangers sans papiers, bien souvent des mineurs...

Il y a eu une tentative de création d'une salle d'audience à Roissy pour que les étrangers puissent être jugés sur place (lire encadré). Le président du tribunal et moi-même souhaitons que ce projet aboutisse dans des conditions acceptées par l'ensemble des magistrats. Cela évitera aux étrangers d'être transportés sous escorte tous les jours à Bobigny. Le tribunal ne peut pas les accueillir dans des conditions de confort et de dignité. Il va falloir réunir des moyens immobiliers et humains.

Après l'incendie criminel du mois dernier, allez-vous renforcer le dispositif de sécurité autour du tribunal ?

Nous avons transmis au ministère un audit à ce sujet avec trois axes : un gardiennage renforcé, davantage de vidéosurveillance et une amélioration de la sécurité passive, c'est-à-dire les détecteurs d'effractions sur les vitres. Le bâtiment a besoin d'être revu. Nous devrions avoir une réponse assez rapidement pour, dès l'année prochaine, débloquer les crédits et commencer les travaux.

Le parquet est resté cinq mois sans procureur. Cela pose-t-il problème aujourd'hui ?

Qu'il soit parti cinq mois avant ou quinze jours avant, c'est toujours un challenge pour un procureur d'arriver dans une nouvelle juridiction. Depuis fin juin, les 47 magistrats, dont 3 procureurs adjoints, assuraient la continuité du traitement des affaires courantes et nouvelles. Il n'y a pas de dossiers en souffrance.

Tout de même, l'affaire Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois est restée au point mort...

C'est vous qui le dites. Il y a eu une instruction. Le juge d'instruction a communiqué son enquête au parquet. Extérieurement, vous voyez ce dossier comme étant au point mort, mais pour nous, il suit son court. Pendant quatre ans, il y a eu des auditions, des mises en examen. Que ce dossier pour les familles ne suive pas un cours rapide, c'est incontestable. Mais il n'est pas au point mort.

Etes-vous satisfaite de votre installation à Bobigny ?

C'est pour moi un gros challenge d'arriver ici. Tout le monde me décrit la Seine-Saint-Denis comme étant difficile, où tous les défis de notre société sont concentrés. Mais on me dit aussi que c'est un département attachant. Je vais continuer à appliquer les deux règles qui sont en lettre d'or dans ma vie : rigueur et humanisme. W