Des crèmes pas toutes blanches

SANTÉ ne campagne contre les produits éclaircissant la peau est lancée...

Anthony Nataf et Magali Gruet

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Des affiches seront placardées 
sur le réseau municipal des 10e, 18e et 19e.
Des affiches seront placardées sur le réseau municipal des 10e, 18e et 19e. —

«Séduire oui, se détruire non.» C'est le message de cette campagne inédite de sensibilisation lancée hier par la Mairie de Paris pour lutter contre l'utilisation nocive des produits éclaircissants pour la peau. Ces crèmes contiennent généralement de l'hydroquinone, interdite par l'Union européenne, ou de la cortisone. Leur utilisation régulière entraîne l'apparition irréversible de boutons, tâches, vergetures, mais aussi des infections, du diabète et des cancers.

Première du genre, la campagne, proposée dès novembre 2008 par le groupe communiste du Conseil de Paris, cible en priorité les jeunes et se décline en une bande dessinée et un fascicule pédagogique, distribués dans divers lieux comme les mairies, les centres de santé ou chez les commerçants. Des affiches seront diffusées sur le réseau municipal des 10e, 18e et 19e arrondissements qui concentrent une population jeune d'origine afro- antillaise, principale utilisatrice et victime de ces produits.

Le modèle Obama

«C'est un problème de santé publique trop méconnu», note Jean-Marie Le Guen, adjoint (PS) chargé de la santé à la Mairie de Paris. Le lancement de cette action «est un premier pas qui est immense», insiste le Dr Antoine Petit, dermatologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris, qui regrette néanmoins qu'il n'y ait «aucun travail de sciences humaines, de sociologie ou d'épidémiologie sur ce phénomène. C'est un sujet difficile, qui embarrasse, car il induit la question d'une hiérarchisation des teintes.»

Isabelle Mananga, présidente de l'association Label beauté noire, confirme que «le modèle Obama n'a pas aidé, car le président américain a la peau claire. Mais regardez Rama Yade, elle est noire et elle a réussi. On doit rassurer. Car aujourd'hui, quand une femme noire arrive pour un emploi, on lui demande si c'est pour le poste de femme de ménage. Ça passe mieux d'être plus claire.» A quand une campagne nationale? demandent associations et élus parisiens.