Le collectif Jeudi noir s'offre 2 000 m2 sur la place des Vosges

Alexandre Sulzer

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« Rassurez-vous, on n'est pas des punks à chiens. » Le collectif Jeudi noir, qui a « réquisitionné » la semaine dernière un hôtel particulier du XVIIe siècle place des Vosges (4e), se voulait, hier, responsable. La quarantaine de militants, qui dénoncent la précarité de l'hébergement à Paris pour les étudiants, se sont installés dans les 2 000 mètres carrés de la propriété, dans une ambiance camping.

Selon eux, l'hôtel, dont certaines parties sont classées Monument historique et qui a vu naître la marquise de Sévigné, est la propriété, vide depuis 1963, d'une femme aujourd'hui âgée de 87 ans. « Elle refuse de le louer », s'indigne Laurent, qui montre, dans les boiseries à l'étage, les amoncellements de fiente et de plumes de pigeon. « Voilà le résultat de la vacance et du manque d'entretien », dénonce celui qui se vante d'avoir bloqué l'accès des pièces les plus riches ou d'interdire de fumer à l'intérieur, « pour préserver les peintures sur poutres ». « C'est une provocation de la part de la propriétaire de ne rien faire de ce bâtiment, estime, solidaire, Corine Faugeron, adjointe (Verts) à la mairie du 4e, en charge de l'Economie solidaire. Nous l'avons incitée à louer et proposé de lui racheter le bâtiment, mais elle a refusé. » Des travaux ont pourtant été réalisés dans certaines parties, comme les combles, où salles de bain et cuisines modernes ont été installées mais jamais utilisées. Romain, 25 ans, étudiant en architecture, dort juste à côté, sur un matelas. « C'est humide mais je ne suis pas très frileux. Ça fait plaisir d'être ici. Je passe mon temps à admirer les poutres, les charpentes. » Au rez-de-chaussée, Laurent explique : « Si on n'est pas viré lundi par le recours en référé, c'est bon. On ramènera alors des meubles et on nettoiera de fond en comble. » W