Les sans-papiers s'attachent à leurs piquets

SOCIAL Plus de 4.600 travailleurs grévistes occupent 47 sites en Ile-de-France depuis trois semaines...

William Molinié

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Des sans-papiers sont assis le 24 juin 2009, à Paris, devant les locaux de la Bourse du travail, affectés à la CGT, après avoir été délogés par la police à la demande du syndicat.
Des sans-papiers sont assis le 24 juin 2009, à Paris, devant les locaux de la Bourse du travail, affectés à la CGT, après avoir été délogés par la police à la demande du syndicat. — M. MEDINA/AFP

Au vingtième jour de grève, aujourd'hui, ils seraient plus de 4 600. Travailleurs grévistes, sans-papiers et, pour la plupart, d'origine africaine. D'après la CGT, ils ont déjà occupé plus d'une cinquantaine de sites en Ile-de-France. Le mouvement des travailleurs sans-papiers, amorcé le 14 octobre dernier avec à peine un millier de grévistes, s'installe dans la durée. Vendredi, deux nouvelles agences Manpower ont été investies dans les 8e et 10e arrondissements de Paris. « Tous les jours, de nouveaux travailleurs sans-papiers veulent rejoindre les piquets partout dans la région », constate Raymond Chauveau, le coordinateur CGT du mouvement. Difficile en tout cas pour lui d'estimer leur nombre en Ile-de-France.


Eviter l'affrontement avec la police

Première revendication, leur régularisation. Les grévistes attendent tous avec impatience la nouvelle circulaire (celle du 7 janvier 2008 a été annulée par le Conseil d'Etat il y a deux semaines) que le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Eric Besson, doit rédiger. Elle doit préciser les conditions d'obtention du titre de séjour pour les sans-papiers qui ont une activité professionnelle. « On verra si ce qu'il nous propose tient la route et si on lève les piquets », confesse un occupant.

En attendant, un front de plusieurs syndicats et associations les soutient et coordonne leurs actions pour occuper des lieux symboliques : agences d'intérim, entreprises de sécurité ou de nettoyage, restaurants, ateliers de confection... La plupart des occupations se font à une cinquantaine de personnes minimum, tôt dans la journée ou tard le soir. Les leaders du mouvement veulent éviter l'affrontement direct avec les employés. Ou pire, avec la police. Qui pourrait signer, pour nombre d'entre eux, un retour au pays. Du coup, les évacuations se déroulent sans heurt. Comme jeudi dernier, rue de Berri (8e), où 312 sans-papiers ont été expulsés en moins d'une demi-heure du siège de la Fédération nationale des travaux publics. Les centaines de grévistes à la rue ont rapidement été replacées sur d'autres sites. «On nous fait sortir par la porte. On s'en fiche, on rentre par la fenêtre, lâche un sans-papiers. On n'obéit qu'aux décisions de justice. Rue de Berri, il s'agissait d'une ordonnance d'expulsion en référé.»

Les femmes se mobilisent
 

Pour la première fois, aussi, des femmes participent au mouvement. « C'est plus difficile pour elles car la démarche est beaucoup moins rentrée dans leurs moeurs. Elles doivent s'occuper de leurs enfants avant tout », explique Anna, une des coordinatrices. Une vingtaine de femmes chinoises qui travaillent dans la confection ont rejoint les sans-papiers qui occupent la Fafih, un syndicat de l'hôtellerie et de la restauration, rue de la Ville l'Evêque (8e). De leur côté, les employeurs tentent de minimiser la grève. « Certes, ça gêne certaines sociétés, mais ce n'est pas un mouvement massif », observe Jérôme Dubus, délégué général du Medef en Ile-de-France.