«On a tout lâché: la famille, notre travail et notre logement »

SOCIAL Témoignages de travailleurs sans-papiers qui participent aux blocages...

W. M.

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Sur le chantier du tramway T3, à la Porte des Lilas (19e), les vingt-sept travailleurs sans-papiers ont bloqué l'avancée des travaux depuis trois semaines. En tout cas, sur cette portion. Certains étaient intérimaires, d'autres salariés. Mais tous travaillaient pour la Suburbaine, une entreprise sous-traitante de la RATP. Une occupation symbolique comme celle du restaurant Chez Georges à Beaubourg (4e). Et qui a fait réagir les personnalités locales. Les maires socialistes des 19e et 20e arrondissements, Frédérique Calandra et Roger Madec, se sont déclarés « solidaires des travailleurs sans-papiers ». Mais en paroles seulement, si l'on en croit les premiers intéressés. « Ils sont venus la semaine dernière, c'est vrai. Mais on leur a demandé de réparer les toilettes publiques de l'autre côté de la rue. Ils n'ont pas voulu », regrette Moussa Camara, arrivé en France en 2001.


Solidarité des habitants du quartier

Deux campements se sont montés de chaque côté de l'avenue de la porte des Lilas. Les grévistes se chauffent au bois, s'abritent sous des bâches trouées, se lavent et font la cuisine à même la chaussée. Sous les yeux des habitants du quartier, qui leur apportent matelas, duvets et tapis de sol. « Certains d'entre nous ont tout lâché pour rejoindre le mouvement. Leurs femmes et enfants, leur contrat de travail et parfois même leur logement. On a donc tout à gagner à rester jusqu'à ce qu'on soit régularisés », lâche fièrement un jeune travailleur sans-papiers du campement. Il a fait ses premiers pas de défenseur de la cause des sans papiers en avril 2008, lors d'une des toutes premières vagues de mobilisation. A l'époque, ils étaient « à peine deux mille au bout de plusieurs semaines de mobilisation », se souvient-il. Cette année, leur action est plus organisée : un délégué par piquet et surtout, des représentants syndicaux qui les « coachent ». « Vous verrez, on est en train d'en faire des futurs cadres de nos organisations », lâche, sourire en coin, un responsable de la CGT.