La belle histoire de « Belleville story »

Magali Gruet

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Arnaud Malherbe a mêlé fiction et réalité pour raconter Belleville dans son téléfilm.
Arnaud Malherbe a mêlé fiction et réalité pour raconter Belleville dans son téléfilm. — S. POUZET / 20 MINUTES

« J'ai voulu montrer des choses réelles à travers cette histoire inventée. » Ex-habitant de Ménilmontant, Arnaud Malherbe, 37 ans, a reçu il y a un mois le prix du meilleur téléfilm au Festival de la fiction TV de La Rochelle. Si son long métrage, Belleville Story (qui sera diffusé sur Arte dès 2010) un pur film d'action, « pas un film social », il n'en parle pas moins bien du quartier. Entre filatures, coups de feu et règlements de comptes, Arnaud Malherbe met aussi en exergue les sans-papiers chinois, la mafia, la prostitution, les contrôles d'identité de ce quartier « un peu quart monde parfois ». « Le marché aux voleurs, je l'ai vu grandir pendant les cinq ou six ans où j'ai habité à proximité. Avec la crise, les gens sont de plus en plus nombreux à venir y faire leurs courses, les mères de famille viennent y acheter des raviolis. C'est de la sous-classe populaire. »

Si son film a pour trame le trafic de sans-papiers, ce n'est pas un hasard. « Il y a un an une jeune Chinoise s'est jetée par la fenêtre pour éviter un contrôle. C'était à 40 m de l'endroit où j'écrivais. Ça m'a marqué. » Il se souvient aussi « des contrôles de papiers dans les bars, plusieurs fois dans la soirée ». Une scène que l'on retrouve dans Belleville Story. Mais il a parfois été compliqué d'aborder ces sujets qui fâchent. « J'ai beaucoup discuté avec la communauté chinoise. C'était difficile de négocier, car ils craignaient des images stigmatisantes. » Il définit son film comme « une histoire à l'envers de Paris ». Parce que « le côté : "J'ai trente ans, je suis au café sur la rive gauche", ce n'est plus possible ». Une ambiance sombre, fiévreuse, directe, « la vraie atmosphère de Belleville », promet-il, toutefois balancée par quelques personnages poétiques. Arnaud Malherbe a par exemple imaginé l'histoire de monsieur Zhu, « Zorro » chinois venu rechercher une jeune fille pour la ramener à sa famille en Chine, mais fan de la tour Eiffel. Un véritable tueur, mais qui refuse de quitter sa casquette représentant la Dame de fer, « un décalage absurde, mais symbole de la fascination des Chinois pour la France ». Il s'est inspiré « d'un personnage réel, sorte de héros des temps modernes, qui va chercher gratuitement des femmes qui ont été vendues pour repeupler la campagne chinoise ». W