Cow-boys pour les dealers, anges gardiens pour les voisins

SÉCURITÉ 0 Minutes» a passé une nuit avec «la brigade des cités HLM»...

William Molinié

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Le poste de commandement (en hautà g.) reçoit les appels des résidents et signale les nuisances aux patrouilles sur le terrain.
Le poste de commandement (en hautà g.) reçoit les appels des résidents et signale les nuisances aux patrouilles sur le terrain. —

«Eh, vous n'avez pas encore appelé les flics ?» Ce jeune homme est le premier à sortir d'un squat improvisé dans un local voisin d'une cage d'escalier, rue des Rigoles (20e). Ses camarades le suivent, laissant derrière eux des effluves de hachisch qui s'échappent par les vitres brisées. En face d'eux, leurs premiers interlocuteurs avant, peut-être, l'intervention de la police. Les agents du Groupement parisien interbailleurs de surveillance, le GPIS, viennent d'arriver sur les lieux. Des habitants leur ont signalé des « nuisances nocturnes ». Voilà cinq ans que ces agents de sécurité sillonnent les quartiers chauds de la capitale de 18 h à 5 h, par équipes de trois à cinq. Chaque soir, quelque 130 vigiles non armés doivent faire respecter l'ordre dans 70 000 HLM parisiens. Et les règles sont claires : pas de drogue, de squat ou de bruit au pied des immeubles. « Notre Code pénal à nous, c'est le règlement interne des bailleurs sociaux », explique Gilles Viguier, le directeur de cette structure privée.

Sans bruit, les « molosses », comme les surnomment certains résidents, se déploient dans la cité pour une inspection des cages d'escalier. Leur allure impressionne. Une jeune femme qui regagne son domicile ironise : «C'est bon? Je suis en sécurité pour rentrer chez moi?» «C'est vrai qu'on peut nous prendre pour des cow-boys. Mais les gens nous aiment bien, car on leur assure la tranquillité», insiste Thierry, un ancien militaire. L'an dernier, 12 000 interventions ont eu lieu à la suite d'appels par les habitants. Soit plus de trente chaque soir.


«On fouille tout l'immeuble»


Le GPIS fait, à la demande des bailleurs, des inspections dans les parties communes des immeubles. L'occasion de repérer les «planques» des dealers. «On fait surtout des petites prises. Environ un kilo et demi de shit par mois», précise son directeur. Généralement, les sachets sont retrouvés cachés dans les escaliers, les halls, les rails d'ascenseur ou les faux plafonds. «On fouille tout, du premier au dernier étage», précise Boris, un autre agent. Un travail de longue haleine, parfois pour pas grand-chose, comme ce jeudi soir d'octobre. Pneus usés, briques de lait, charbon à narguilé, bouteilles d'alcool pleines... Mais pas une seule petite boulette. Les agents décident de laisser les objets à leur place. «Ils mettent des leurres exprès, pour voir si on contrôle. Là, ils ne remarqueront pas qu'on est passés. On aura peut-être plus de chance la prochaine fois», glisse une chef d'opération.