La dalle d'Argenteuil et le Val-Fourré veulent changer d'ère

William Molinié et Pierre Boisselet

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D'un côté le Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines). De l'autre, la dalle d'Argenteuil (Val-d'Oise). Deux quartiers souvent montrés du doigt. Ces cités, qui ont mal vieilli à l'image d'une dizaine d'autres en Ile-de-France, doivent aujourd'hui se défaire de leur réputation. Si les faits de violence se raréfient et que les quartiers s'adoucissent, c'est souvent après une réorganisation de l'espace urbain. Le Val-Fourré a déjà démoli la plupart de ses tours. La dalle d'Argenteuil, elle, n'en est qu'au début.

L'acte de naissance de la zone à urbaniser en priorité (ZUP) du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie (Yvelines) a été signé il y a cinquante ans. En moins de quinze ans, plus de 10 000 logements voient le jour. La moitié de la population de la ville, surtout des ouvriers de l'usine Renault de Flins, s'y installe. « Mais dans les années 1980, le quartier s'appauvrit et la situation se dégrade », se souvient Michel Sevin (UMP), maire entre 2002 et 2004, en remplacement de Pierre Bédier, nommé au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. En 1991, le quartier est sous le feu des projecteurs. Des émeutes embrasent la ville après la mort d'un jeune homme et d'une policière. « C'est la spirale du niveau de vie qui baissait », soupire Michel Sevin.

Même constat à Argenteuil (Val-d'Oise). Avec une nuance : « Au moment de sa construction, dans les années 1970, la dalle était vraiment un lieu tendance », s'emballe Olivier Millot, le directeur du Musée d'Argenteuil. Difficile à imaginer aujourd'hui, mais le concept de dalle était, à l'époque, à la pointe de la modernité.

Aujourd'hui, les habitants d'Argenteuil déplorent l'absence de végétation, le manque de jeux pour les enfants, d'éclairage de nuit et de points d'accès, qui isolent le quartier du reste de la ville. Il faut donc faire de la place au milieu de tous ces logements. « Nous avons démoli une barre de 72 appartements à l'été 2007, explique Pierre Lemonier, l'architecte-urbaniste en charge de la rénovation. A la place, nous avons installé une aire de jeux pour enfants et une place pour accueillir le marché. »

Un autre projet de rénovation a été imaginé par des élèves de l'Ecole nationale supérieure de création industrielle. Ils ont planché sur les problématiques du quartier et proposent, entre autres, de faire pousser des arbres qui sortiraient de la dalle, au niveau de la place principale. Une façon de changer son visage. Le Val-Fourré, lui, s'est déjà défait de sa vieille réputation. Depuis dix-neuf ans, sur les vingt et une tours du quartier, treize ont été détruites. « Il a fallu ouvrir le quartier sur le reste de la ville », explique-t-on à l'hôtel de ville.

Prochaine étape, la construction d'un pôle aquatique avec quatre bassins, une pataugeoire et un solarium, sur l'emplacement des trois tours Degas détruites en 2006. Dans l'espoir de donner envie aux habitants d'y rester. W