HE HAS A DREAM POUR Ses élèves

Magali Gruet

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Olivier Catayée, 40 ans, un Martiniquais au parcours atypique : Sciences Po, études à Miami puis principal de collège.
Olivier Catayée, 40 ans, un Martiniquais au parcours atypique : Sciences Po, études à Miami puis principal de collège. — S. POUZET / 20 MINUTES

« Avant, Courbet, on crachait dessus. Maintenant il y a une petite fierté à y être » confie-t-il, les yeux brillants. Olivier Catayée, 40 ans, est principal au collège Gustave-Courbet de Romainville (Seine-Saint-Denis) depuis un an, et a entamé une mutation dans cet établissement difficile en faisant appel à l'imagination collective.

«Vols et bagarres étaient quotidiens avant son arrivée, raconte Nelson, 14 ans, élève de 3e. Maintenant, on a l'impression d'être plus en sécurité.» « J'ai commencé par limiter les risques, en interdisant les téléphones, les MP3, les casquettes », explique Olivier Catayée. Puis il interroge les profs sur leurs envies. « Ils étaient jeunes, dynamiques, leurs idées étaient là mais leurs projets pédagogiques bloqués faute de moyens. J'ai joué un rôle de facilitateur ». Il obtient la rénovation du préau, « un geste symbolique, mais comment parler de respect à ces jeunes si ils n'ont aucun moyen de s'abriter lorsqu'il pleut en récréation ? » demande-t-il. Surtout, il organise des événements. « On a fait une fête de la lecture sur proposition d'une prof. Les élèves étaient fiers de leur collège ». Il crée aussi une 6e « art », qui attire de nouveaux élèves. « Les CM2 se sont bousculés pour y entrer, on a eu 35 candidatures pour 22 places. Des parents demandent des dérogations pour venir chez nous », assure-t-il. Pour lui, un seul mot d'ordre : l'ouverture. « La moitié de ce que les gamins apprennent se fait en dehors d'une salle de cours, il faut les ouvrir sur le monde ». Une philosophie héritée d'un parcours atypique.

Né en Martinique, il côtoie Aimé Césaire, qui habite la même rue que lui. Arrivé en métropole à l'âge de 9 ans, il s'installe dans la région d'Orléans. « J'ai découvert qu'il y avait des difficultés liées à la couleur de peau, ça a été un choc ». Il s'inscrit à Sciences Po, part faire sa maîtrise à Miami, puis postule au rectorat pour devenir maître auxiliaire d'anglais. En 2004, il obtient le concours de chef d'établissement. Gustave-Courbet est son troisième collège « difficile ». « J'ai été victime de happy slapping à Villepinte, cette mode qui consiste à filmer des agressions. J'ai dénoncé le jeune, que je connaissais. Après, quand je sortais dans la cité, on me disait Catayée, on va niquer ta mère ». Il demande sa mutation à Romainville. Les élèves l'adoptent. Très vite, il hérite du surnom d'Obama. « Je suis arrivé en pleine élection, j'étais noir avec une cravate, ça a suffit », tempère-t-il. Même si la comparaison n'est pas pour lui déplaire.

L'influence américaine n'est jamais loin. Sur sa porte, le I have a dream de Martin Luther King trône en bonne place, une boule de bowling sert de presse papier sur son bureau, et son year book des années Miami traîne sur ses étagères. En juin, il organisera une cérémonie pour la remise des brevets des 3e. Encore une influence d'outre-Atlantique. Il se lancera peut-être un jour en politique, le moment venu.« Pour l'instant, mon chemin politique, je le fais dans mon travail ». W