La facture des propriétaires passe mal

Magali Gruet

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Parisiens, à vos chéquiers. Depuis hier, les avis d'imposition de la taxe foncière ont commencé à tomber dans les boîtes aux lettres parisiennes, provoquant de vives réactions chez les contribuables. En effet, la note enfle d'environ 30 % par rapport à l'année dernière, loin des « moins de 10 % » promis par le maire de Paris durant sa campagne. Mais la crise est passée par là, et la Ville a eu besoin de trouver de nouvelles ressources. Si la taxe d'habitation, qui sera envoyée dans un mois, augmentera bien de 9 %, la foncière écope, elle, d'une double peine : sa part communale prend 9 %, mais la Ville a créé un nouvel impôt départemental, qui alourdit la facture.

« Malgré tout, les impôts locaux parisiens restent très en dessous de ceux que l'on paie dans les autres grandes villes », justifie Bernard Gaudillère, adjoint (PS) chargé du Budget. Mais pourquoi ne pas avoir parlé de cette nouvelle taxe ? « Parce que nous ne l'avions pas envisagée à l'époque. Il n'y avait en tout cas aucune volonté de la cacher. » Mais du côté des Parisiens, l'addition ne passe pas. « On savait que ça allait augmenter, mais pas comme ça. En pleine crise, c'est une aberration, s'insurge Jean Perriol, un retraité du 18e. Je vais rogner sur les sorties et l'habillement pour compenser. » Sa taxe est passée de 683 euros à 877 euros, soit une hausse de 28 %. « On n'a eu aucun moyen de calculer à l'avance notre impôt, alors que c'est possible pour la déclaration de revenus. On a été mal informés, et là, on reçoit la note, qu'il faut payer au 15 octobre. Tout le monde ne peut pas sortir 300 euros du chapeau », s'insurge une habitante du 3e, qui touche 800 euros par mois de retraite. Un sujet qui met mal à l'aise l'équipe du maire. « Ils ont une trouille monstre de la réaction des Parisiens, surtout que l'arrivée des avis d'imposition coïncide avec le moment où ils vont annoncer une nouvelle hausse pour l'année prochaine », confie un élu socialiste. En effet, la « hausse modérée » des impôts devait se faire sur deux ans.

Aujourd'hui, le maire, ses adjoints, les maires d'arrondissement de gauche et les présidents de groupes de gauche partent en séminaire pour discuter de la crise et du Grand Paris. Les arbitrages budgétaires devraient occuper une bonne partie de leurs discussions. L'exécutif envisageait, par exemple, d'augmenter la taxe de balayage, payée par les propriétaires, mais y a renoncé. « Ils n'auraient pas eu la majorité pour la faire voter, car la hausse se serait répercutée sur les locataires », assure Ian Brossat, président du groupe PC. Mais on peut s'attendre à ce que les impôts locaux augmentent encore de 9 %, selon plusieurs conseillers de Paris. Comprendre 9 % pour la taxe d'habitation, et la même hausse pour la foncière (à la fois communale et départementale), ces taxes étant calquées l'une sur l'autre. W