Les Roms oscillent entre désillusion et espoir

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Georges, un Rom de 63 ans originaire du sud de la Roumanie, fait la manche rue de Caumartin (9e), près des grands magasins.
Georges, un Rom de 63 ans originaire du sud de la Roumanie, fait la manche rue de Caumartin (9e), près des grands magasins. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

La première moitié du hot-dog a fait office de déjeuner. La seconde, consciencieusement emballée, servira de dîner à Georges. Ce Rom de 63 ans, originaire du sud de la Roumanie, fait la manche rue de Caumartin (9e). A quelques mètres, plusieurs membres de sa belle-famille - avec qui il est arrivé en France il y a trois semaines - font de même. « Mon fils ne pouvait plus s'occuper de moi, alors j'ai suivi les autres », raconte-t-il, fatigué. « Paris, c'est le meilleur endroit pour mendier, mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse en France ? Je préférerais rentrer en Roumanie ! » Comme l'ensemble des Roms du quartier, Georges ne parle pas français. « Bonjour camarade professeur » est le seul reste de ses cours sous la période communiste. Alors, il attend patiemment trois mois pour « être expulsé » et recevoir, comme il le croit, de l'argent de l'administration française. Puis, Georges préfère se taire. Des membres de la communauté le lui demandent.

Les Roms ne se confient pas facilement. Trop de méfiance. Trop d'arnaque. « On nous a promis un travail pour 120 euros. Et puis, une fois en France, plus rien », raconte Iona, d'une autre famille, à quelques mètres. Plus loin, Dobrin, 32 ans, égrène lui aussi des cas de Roms qui n'ont pas été payés par des compatriotes. Ce qui ne l'empêche pas de vouloir travailler dans le bâtiment, comme il le faisait en Grèce depuis douze ans. Mais cela fait maintenant cinq mois qu'il vit à Paris et il ne subsiste qu'en faisant la manche. Avec sa femme Yuliyana, leur fille de 10 ans, Madaleina, le cousin, sa copine de 15 ans et trois chiots, ils dorment tous les soirs entre sacs et valises devant le hall d'entrée d'une compagnie d'assurances. La journée, ils mendient chacun dans un quartier différent. Ce soir, un ragoût est cuisiné grâce un réchaud caché derrière des barrières de travaux. La casserole est posée à même le bitume, comme le sel et le poivre. La vaisselle sera faite directement dans le caniveau. Un Français arrive, leur donne un sac de vêtements. « Ça ne gêne plus personne qu'ils soient là devant les vitrines, c'est à gerber ! », s'énerve-t-il. « Les gens ici sont gentils », sourit Dobrin, mais « on ne peut que compter sur nous ». Pourquoi ne scolarise-t-il pas Madaleina, qui rêve de devenir médecin ? « Dans un mois, si je n'ai pas trouvé de travail, nous rentrerons en Roumanie avec l'aide au retour. Et puis, ajoute-t-il désenchanté, mon père voulait que je fasse des études de droit, regarde ce que je suis devenu... » W

A. S.

Merci à Georges Kolev pour son aide précieuse.