le 13e, terre d'asile pour Les réfugiés du Darfour depuis juillet

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Leur quotidien parisien est routinier, depuis le petit déjeuner à la permanence Emmaüs de la Pitié-Salpêtrière jusqu'au coucher sur un chantier.
Leur quotidien parisien est routinier, depuis le petit déjeuner à la permanence Emmaüs de la Pitié-Salpêtrière jusqu'au coucher sur un chantier. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Entre les brouettes pleines de ciment et les pots de peinture, ils sont allongés tous les six, séparés du béton brut par un mince carton humide. Seul le bruit lointain du métro aérien vient combler les blancs entre deux coups de vent. Tous les soirs, ces réfugiés du Darfour investissent le même chantier de résidence hôtelière, dans le 13e. Une fois la grille franchie - au coeur de la ville, mais loin d'elle -, ils s'endorment en silence pour ne pas se faire remarquer des voisins. Tous les matins, ils se lèvent vers 5 h et rangent les bâches pleines de peinture - qui ont fait office de draps - pour ne pas attirer l'attention des ouvriers qui travaillent ici et ignorent leur existence. Depuis leur arrivée à Paris, leur quotidien est devenu routinier. Il commence à la permanence Emmaüs de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où un petit déjeuner leur est servi. Ils jouent ensuite aux dominos durant des heures.

« C'est un vrai phénomène depuis le mois de juillet », témoigne Mamadou Sy, le responsable associatif. « Ils sont d'une incroyable gentillesse, ils ne se battent jamais. Et ne demandent rien, n'exigent rien de personne. Mais peu ont accès aux centres d'accueil de demandeurs d'asile, qui sont déjà pleins. » Leurs origines sociales sont diverses, mais leurs histoires, similaires et tragiques. Tous ont fui une famille ou un village décimé par les janjawids, des miliciens arabes. Ont vécu quelque temps en Libye, où ils se sont sentis récemment en danger. Ont repris la route, soit vers Israël, soit vers l'Europe, souvent via l'Italie ou la Grèce.

Mais beaucoup affirment être arrivés directement en France, le règlement européen « Dublin II » les obligeant à faire une demande d'asile dans le premier pays européen traversé. Car tous souhaitent rester ici, mettre un point final à leur exil. « On se sent bien à Paris, la police ne nous tire pas dessus », explique Abdullah, 25 ans, qui est parti pour ne pas être enrôlé de force avec les rebelles. « Tout ce qu'ils veulent, c'est apprendre le français », témoigne Mamadou Sy. « On traîne au parc de Bercy, on va à la bibliothèque François-Mitterrand pour lire des sites d'informations soudanais », confie Habib, paysan de 31 ans, dans un anglais solide. Mais ce qu'il privilégie, c'est « se rendre à la bibliothèque Pompidou et écouter des cassettes de conversation franco-arabes ». Tout sourire, il assure ne « même pas avoir un seul euro sur lui ». Ni aucune pièce d'identité.

Le PV de 62 euros de la RATP qu'il sort de sa poche paraît ridicule. « Un jour, espère-t-il, ma femme et mon fils me rejoindront ici. » Mais cela fait déjà cinq ans qu'il n'a plus aucune nouvelle d'eux. En attendant, il appréhende l'arrivée de l'hiver : « Je n'ai jamais vu de neige de ma vie. » Avant de se coucher, Habib sourit à nouveau. « Si jamais vous trouvez une grammaire française, faites-moi signe. » W

A. S.