Tour d'horizon sur les errants étrangers

ENQUETE A la rencontre de ces communautés fluctuantes qui arpentent Paris...

Alexandre Sulzer

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Georges, un Rom de 63 ans originaire du sud de la Roumanie, fait la manche rue de Caumartin (9e), près des grands magasins.
Georges, un Rom de 63 ans originaire du sud de la Roumanie, fait la manche rue de Caumartin (9e), près des grands magasins. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Ils sont plusieurs centaines, ces étrangers qui vivent dans les rues de Paris par communautés. Le phénomène n'est pas nouveau, mais évolue. Une cinquantaine de Soudanais se sont d'ailleurs installés dans le 13e arrondissement cet été. Etat des lieux.

Les «Afghans» Ils sont environ 300 jeunes hommes d'origine afghane, mais aussi iranienne et irakienne. «Depuis la fermeture du square Villemin (10e), en août, ils se diffusent sur un axe canal Saint-Martin-la Villette et Stalingrad-Père-Lachaise», indique Dominique Bordin, responsable de la lutte contre la précarité à la Ville. Ce qui ne va pas sans poser de problèmes pour le suivi associatif.

La route vers la Grande-Bretagne n'est plus systématique: la Scandinavie les séduit aussi, comme la France, où ils souhaitent rester en fonction des opportunités administratives. Selon le cabinet du maire de Paris, 80 personnes de nationalité afghane sont demandeurs d'asile dans le 10e.

Mais peu accèdent aux centres d'accueil de demandeurs d'asile, surchargés. «Ces jeunes, souvent issus de catégories supérieures, ne veulent pas dormir dans des hébergements d'urgence où ils se retrouveraient avec des SDF», note un responsable associatif. D'où leur présence dans la rue où, depuis le printemps, des phénomènes de racket se développent. «Après deux, trois ans sur place, de petits groupes dérivent et profitent de la faiblesse de leurs concitoyens qui viennent d'arriver», précise Dominique Bordin.

Dernière évolution en date : il y a deux semaines, onze familles afghanes « épuisées » sont arrivées. «C'est un début de phénomène, on ne sait pas s'il va grossir», s'inquiète une observatrice.

Les Roms Depuis plus d'un an, 70 à 80 Roms dorment dans le quartier des grands magasins (9e). Il s'agit de familles entières, originaires de Roumanie - où ils sont discriminés - et qui vivent de la mendicité. «On suspecte aussi un trafic de chiens», indique-t-on à la mairie de Paris. «Ils n'utilisent pas le système de santé auquel ils ont droit», regrette Frédérique Kaba, responsable chez Emmaüs. «Ils demandent de l'aide immédiate, comme de la nourriture et des matelas, mais refusent des propositions qui vont plus loin.»

Leur organisation communautaire, la barrière de la langue et une méfiance vis-à-vis de l'extérieur posent autant de défis aux associations. «On est démunis», regrette Pierre Henry, directeur général de France-Terre d'Asile. «De plus en plus disent vouloir s'installer en France», explique Dominique Bordin. Mais la grande majorité effectue encore des allers-retours entre la France et la Roumanie via les dispositifs d'aide au retour volontaire.

Les Soudanais Originaires du Darfour, une cinquantaine d'hommes sont arrivés depuis juillet dans le 13e, où se trouve le plus grand nombre de centres d'hébergement. Leur objectif est clair: s'installer en France.