La base arrière de Roissy, c'est un peu la zone pour les taxis

Alexandre Sulzer Photos : Serge Pouzet

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Les chauffeurs attendent deux heures pour charger un client, plus une demi-heure pour entrer dans la zone aux heures de pointe.
Les chauffeurs attendent deux heures pour charger un client, plus une demi-heure pour entrer dans la zone aux heures de pointe. —

De loin, cela ressemble à un vulgaire parking. Mais la « base arrière des taxis » (BAT) de Roissy, à proximité du terminal 3 de Charles-de-Gaulle, est une petite ville dans la ville aéroportuaire. C'est de cette zone que les chauffeurs doivent partir pour récupérer la « recharge » (les clients) dans les terminaux qui leurs sont assignés (lire encadré). C'est aussi d'ici que proviennent nombre de frustrations qui expliquent, selon certains, les incidents qui ont opposé, dans la nuit de lundi à mardi, des taxis à des policiers. Un espace stratégique de six cents places dans lequel 20 Minutes a pu se rendre hier.

Derrière les barrières qui régulent chaque jour l'entrée et la sortie de six mille taxis, le maître mot est la patience. Le temps moyen d'attente est ici de deux heures, qui s'ajoutent, en période de pointe, à une demi-heure de queue pour accéder à la BAT. Un temps que certains mettent à profit pour dormir, les pieds dépassant par la fenêtre du véhicule. D'autres se rendent à la « salle de télévision », un préfabriqué sale et malodorant... sans télévision. On y joue au rami ou au « tam-tam » à grands renforts de cris, dans une ambiance survoltée. On peut aussi y acheter des portefeuilles ou des ceintures, jouer au flipper à côté de la salle de prière qui ne désemplit pas en cette période de ramadan. « Moi, j'évite ce lieu à cause des odeurs de tabac », explique Pascal, un Cambodgien de 42 ans qui préfère jouer aux échecs avec ses compatriotes sous une bâche.

Sur un tableau, les paroles en khmer d'une chanson sentimentale surplombent un enchevêtrement de caisses et de palettes. « Où pourrions-nous trouver un abri contre les intempéries ? », lit-on sur une banderole. « On avait un local en dur, mais la société qui gère la BAT, la Gimas [cette société a refusé de nous répondre], l'a détruit. » A droite, un potager improvisé où poussent des tomates bien vertes entre les détritus. A gauche, deux terrains de pétanque. Plus loin, des guichets PMU sont fermés. Ce joyeux capharnaüm au milieu des pistes de Roissy exaspère les conducteurs présents hier. « Je meurs de faim mais j'attends avant de manger, raconte Christophe, tellement le restaurant est dégueulasse. » « C'est Guantanamo, surenchérit Serge. Y a des barrières, aucun soin médical sur place, des toilettes dégoûtantes, rien pour se protéger de la chaleur l'été et du froid l'hiver : on est traités comme des chiens ! » Lui et ses collègues qui l'entourent demandent la fermeture de la BAT. A laquelle ils ne cessent pourtant de revenir. Malgré les reproches, Roissy reste attractif. W