Roissy, base arrière de la colère des taxis

Alexandre Sulzer

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Près de six cents taxis sont stationnés dans la « base arrière » de l'aéroport de Roissy.
Près de six cents taxis sont stationnés dans la « base arrière » de l'aéroport de Roissy. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

« Ce qui est arrivé dans la nuit de lundi à mardi à Roissy ne me surprend pas, les chauffeurs de taxi sont à bout. » Selon Karim Asnoun, secrétaire de CGT-Taxis, les incidents sont quotidiens à la « base arrière » de Roissy, cette zone où près de six cents taxis peuvent attendre avant d'être envoyés « au contact » des différents terminaux pour « la recharge » de clients. Le déroulement des accrochages d'hier matin reste incertain, la préfecture de police et la brigade chargée de la surveillance des taxis (dont les membres sont surnommés « boers ») refusant de communiquer.

Selon une source policière aéroportuaire contactée par 20 Minutes, une plainte avait été déposée par un loueur de taxis contre l'un de ses clients (lire encadré) qui n'avait pas payé ses traites. Vers 1 h du matin, les confrères du chauffeur, « prenant fait et cause pour lui », auraient « encerclé et caillassé » les « boers » venus l'interpeller. Ceux-ci auraient alors demandé des renforts par radio, notamment auprès de la brigade anticriminalité de Roissy ainsi que de la police de l'immigration. Un flash-ball a été utilisé « vers le sol et sans conséquence », selon la source policière ; en blessant un chauffeur, selon un témoin. Présenté à un officier de police judiciaire, le conducteur de taxi arrêté aurait été relâché vers 4 h car il présentait « des garanties pour payer » ses dettes. Peu après, les taxis ont libéré le terminal 3 de l'aéroport, qu'ils bloquaient. Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a demandé qu'une enquête soit « diligentée très rapidement ». La police des polices a été saisie. « Nous dénonçons l'implication de la police dans une affaire d'ordre privé entre un chauffeur locataire qui est un travailleur indépendant et un loueur de taxis qui est une société privée », a réagi le syndicat de défense des conducteurs du taxi parisien. Karim Asnoun, lui, pointe du doigt la « gestion ubuesque » de la « base arrière » - qu'il surnomme « Guantanamo ». Selon lui, « les infrastructures, comme les toilettes, sont mal entretenues » et il ne serait pas possible pour un taxi d'entrer dans la zone quand un autre en sort, ce qui provoquerait des congestions de trafic. Enfin, la police interviendrait régulièrement pour leur demander de quitter les lieux afin de ne pas encombrer la voie publique. W