Jugés pour le piratage du compte bancaire de Sarkozy

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« Comme vous dites c'est la scoumoune, raille la présidente. M. Sarkozy a été débité. Vous pensiez que ça ne pouvait pas arriver, vous ? » Ama, qui comparaît depuis hier devant le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), bredouille. Ce Sénégalais sans papiers de 31 ans habitant les Yvelines est soupçonné d'avoir piraté plusieurs comptes bancaires dont celui d'une « partie civile spéciale »... Le président de la République. La défense a d'ailleurs demandé la nullité de l'ordonnance de renvoi qualifiée de « copie conforme et servile du réquisitoire » du procureur, Philippe Courroye, accusé de « liens d'amitiés avec Nicolas Sarkozy ». La requête sera étudiée à la fin du procès. Pour le prévenu, l'astuce était simple. Un complice lui transmettait des coordonnées bancaires piochées dans les fichiers des abonnés de Canal+. Avec des cartes de séjour falsifiées, Ama ouvrait ensuite des lignes de téléphones portables pour revendre les combinés dans des magasins du 18e. C'est une ligne ouverte en août 2008 à Mantes-la-Jolie (Yvelines) qui le trahit. Le Président constate un débit inexpliqué de 176 euros sur son compte. Sa banque indique qu'un homme a acheté un téléphone avec son RIB au nom de Nicolas Mendy. Le président de la République porte plainte et les puces sont rapidement identifiées. « Nicolas Mendy, Nicolas Sarkozy, on a quand même une conjonction de prénoms. On peut y voir un esprit facétieux », interroge la juge. « C'est le pur hasard, répond Ama en détention depuis octobre 2008. Je ne savais pas que c'était le RIB de Nicolas Sarkozy. » Trois complices et quatre vendeurs de Mantes-la-Jolie (Yvelines) et de Rouen (Seine-Maritime) soupçonnés de « collusion » pour toucher des primes de vente comparaissent également. Leur procès se poursuit aujourd'hui. Ils encourent dix ans de prison et un million d'euros d'amende. W

David Thomson