« De nombreux financiers vont avoir envie de se reconvertir »

Recueilli par Lise Martin

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L'université Paris-Dauphine s'apprête à lancer une formation en un an, de niveau master 2, intitulée « principes et pratiques de la finance islamique ». Elyès Jouini, son responsable, explique les enjeux de ce secteur et de ce diplôme.

Sur quels principes repose la finance islamique ?

Il s'agit d'une finance qui respecte les principes du droit musulman. Elle exclut par exemple le prêt à intérêt, puisqu'elle interdit de séparer le risque et le gain. Elle bannit aussi les prises de risque excessives. Enfin, elle défend d'investir dans des activités considérées comme porteuses de vices, comme l'armement ou les alcooliers. Attention cependant aux amalgames avec « islamiste » et financement du terrorisme. Ils sont non fondés, mais j'admets que la terminologie française est malheureuse.

Pourquoi lancez-vous cette formation ?

Nous avons voulu nous adresser aux étudiants qui ont déjà un master en poche, mais aussi aux professionnels, musulmans ou non. Dans la situation de crise actuelle, il est probable que de nombreux financiers vont avoir envie de se reconvertir. Et en France, il y a une clientèle potentielle d'épargnants importante pour la finance islamique.

Ne s'agit-il pas plutôt d'un phénomène de mode ?

Elle est en fait déjà très présente dans les institutions financières françaises, qui pratiquent ce type d'opérations à l'étranger et qui aimeraient profiter du potentiel français. Je pense aussi que parmi les raisons qui ont mené à la crise actuelle, il y a eu la perte du lien entre le risque et le gain. La finance islamique, qui permet la traçabilité des risques, pourrait être une source d'inspiration comme une autre. Une affaire Madoff ne pourrait pas se produire dans ce contexte. W