Bruno Podalydès conte Versailles sans crier gare

Alexandre Sulzer

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Le réalisateur (au premier plan) achève sa trilogie versaillaise avec son film Bancs publics (Versailles rive droite).
Le réalisateur (au premier plan) achève sa trilogie versaillaise avec son film Bancs publics (Versailles rive droite). — A.-F. BRILLOT

« Je ne suis ni le porte-parole ni l'avocat de Versailles, la ville de province la plus proche de Paris. » Il n'empêche. Quand le réalisateur Bruno Podalydès - qui sort mercredi le dernier film de sa trilogie versaillaise (lire encadré) - parle de la ville de son enfance, c'est avec énormément de tendresse. La relation d'amour est réciproque puisque la municipalité lui consacre jusqu'à dimanche une exposition à la mairie (entrée libre).

Versaillais, Bruno Podalydès l'est par sa famille maternelle. Sa grand-mère - « une figure » - tenait la librairie Ruat, près du lycée Hoche, qui appartient aujourd'hui à un réseau de distribution national. C'est ici que Bruno s'est plongé dans l'univers d'Hergé, un maître dont l'influence se fait ressentir aujourd'hui dans ses films. « Hergé et Versailles sont comparables : derrière le classicisme apparent, il y a de la place pour la fantaisie. Il existe toujours une tension entre quelque chose tiré à quatre épingles et une irruption de feux d'artifice. Dans Tintin, comme ici, il y a les fous, les prophètes, les alcooliques... » Le réalisateur de 48 ans en est convaincu : Versailles est une ville vivante et gaie, loin des clichés aristocratiques. Et pour preuve, les oeuvres excentriques de Jeff Koons récemment exposées au château. « Dans les rallyes, j'ai des souvenirs de fêtes vraiment déconnantes », se souvient-il.

Pour lui, Versailles est aussi synonyme de cinéma qu'il a découvert au Cyrano, une vieille salle « magnifique ». « Quand j'étais petit, je me souviens de nombreux tournages dans les rues qui figuraient celles de Paris. Les réalisateurs venaient ici par commodité mais, à l'exception de Sacha Guitry, ils ne filmaient pas la ville pour elle-même », regrette-t-il. D'où son besoin, lui qui a quitté Versailles à 30 ans et qui habite désormais à Chatou (Yvelines), d'y travailler. « C'est comme revenir dans un magasin de jouets qui n'a pas changé. Tel lieu me rappelle mes premiers baisers, tel autre ma première cigarette », raconte Bruno Podalydès qui dit ressentir « un sentiment d'apaisement dans cette ville lumineuse où aucun immeuble ne dépasse trois étages ». « Les comédiens que j'accueille sont ici chez moi. Ils peuvent y poser leur valise tranquillement. » Et fait sienne cette phrase que le cinéaste Abderrahmane Sissako utilisait à propos de l'Afrique : « C'est le seul endroit où j'ai le droit de me tromper. » W