« Les casseurs suivaient une stratégie »

William Molinié

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Dix jeunes de 20à 24 ans comparaissent pour « violences volontaires ».
Dix jeunes de 20à 24 ans comparaissent pour « violences volontaires ». — S. ORTOLA / 20 MINUTES

« Jetez votre chewing-gum. » La présidente affirme son autorité dès l'ouverture de l'audience, hier, au premier procès des émeutiers de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise). La présence inhabituelle de forces de l'ordre déployée aux alentours du tribunal de grande instance de Pontoise donne également le ton. A l'intérieur, il faut passer à travers une double fouille pour se frayer un chemin jusqu'à la salle d'audience où dix jeunes, âgés de 20 à 24 ans, comparaissent pour « violences volontaires » et « jets de pierres contre les forces de l'ordre en réunion avec guet-apens ». Des circonstances aggravantes qui pourraient leur coûter jusqu'à sept ans de prison.

Hier, le tribunal a surtout tenté de comprendre le déroulement de ces deux nuits de violences qui ont éclaté après la meurtrière collision entre deux jeunes à mini-motos et un véhicule de police. En deux jours, 140 fonctionnaires avaient été blessés. Derrière son ordinateur et à la barre, le capitaine de la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) de Versailles présente une synthèse sur le scénario des émeutes. On y apprend que les jeunes se sont envoyé des SMS et écoutaient le trafic radio de la police. S'ensuit alors une phase de préparation durant laquelle des charriots sont remplis de pierres et de battes de fer. Puis, les émeutiers retournent chez eux se changer et vêtir des « habits foncés », beaucoup moins repérables dans le noir. Les lampadaires des rues principales sont pendant ce temps mis hors service. « C'était une guerre urbaine. Les casseurs agissaient selon une véritable stratégie », témoigne le commandant de la compagnie CRS 43, tombée dans un guet-apens le premier soir au rond-point du 19-Mars-1962. « Nous nous sommes retrouvés dans une embuscade devant un mur de 250 à 300 jeunes », ajoute-t-il. La compagnie doit alors se replier et se retrouve dans le viseur de tireurs armés de fusils à pompe, cachés dans la cité (lire encadré). Plusieurs fonctionnaires seront touchés au visage, aux mains et aux jambes.

La plupart des prévenus reconnaissent les faits, mais estiment avoir été entraînés par le mouvement de masse. « Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça. J'ai été pris dans un engrenage », se justifie Abdelkader D. Un autre minimise ses actes en faisant référence à l'accident mortel. « Les flics sont partis. J'avais la rage. C'était un choc, un traumatisme », assène-t-il. dans les couloirs, l'avocate d'un prévenu s'attache à démontrer à la horde de journalistes présents qu'il faut surtout essayer de dresser les profils de chaque inculpé. « Mon client n'a jamais eu de problème de rébellion. Il s'est laissé prendre par le mouvement », explique-t-elle.

Les audiences se poursuivent aujourd'hui. La défense redoute que le tribunal n'applique « des peines lourdes pour l'exemple ». D'autant que la plupart sont jugés pour récidive et qu'ils avaient déjà un casier judiciaire. W