Qui sont les Night Trotters qui sillonnent Paris la nuit ?

PARIS BY NIGHT Menacé de ne plus pouvoir marcher, en raison d’une maladie nosocomiale, Faouzi Derbouz organise des randonnées pour arpenter Paris de nuit et jusqu’au petit matin

Mathilde Desgranges
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Les « Night trotters » marchent dans Paris et ses environs, de 21h à 9h le lendemain.
Les « Night trotters » marchent dans Paris et ses environs, de 21h à 9h le lendemain. — Mathilde Desgranges
  • Handicapé après avoir contracté une maladie nosocomiale, Faouzi Derbouz risque un jour de ne plus pouvoir marcher. En attendant, il organise des randonnées.
  • Il a créé une initiative appelée Night Trotters, une randonnée nocturne qu’il organise dans la capitale chaque mois.
  • Ce samedi, la randonnée s’élance de la gare Rosa-Parks à 19 heures pour rejoindre le Forum des Halles vers minuit. L’occasion de profiter ensuite de la Nuit blanche. Marcher la nuit, « Il n’y a rien de mieux pour découvrir une ville, explique-t-il. Il y a moins de pollution. Et puis, il y a un côté poétique la nuit. »

« Ah mais finalement il y a du monde ! » L’étonnement retentit à plusieurs reprises, à mesure que les randonneurs se rejoignent au point de rendez-vous, devant le square des Anciens Combattants d’Indochine, dans le 12e arrondissement de Paris. Ce vendredi, une cinquantaine de personnes équipées de bâtons, de chaussures de randonnée et de leggings ont rejoint les Night Trotters, pour marcher jusqu’au bout de la nuit dans Paris. « Quand j’ai décidé d’organiser des marches, j’ai tout de suite voulu les faire de nuit, affirme Faouzi Derbouz, guide pour la soirée. Il n’y a rien de mieux pour découvrir une ville. Il y a moins de pollution. Et puis il y a un côté poétique la nuit, on fait des rencontres qu’on ne ferait pas de jour. »

Faouzi Berbouz (de dos) informe les randonneurs des consignes de sécurité avant le départ.
Faouzi Berbouz (de dos) informe les randonneurs des consignes de sécurité avant le départ. - © Mathilde Desgranges / 20 Minutes

Départ à Porte Dorée, arrivée au Jardin de Reuilly, en passant par le parc zoologique de Paris, le lac des Minimes ou encore le bois de Vincennes. Soit 35 kilomètres à parcourir en douze heures, entre 21 heures et 9 heures le lendemain matin. « J’ai pensé le parcours de manière que ceux qui le souhaitent puissent s’arrêter en chemin, à 5, 10, ou 20 kilomètres par exemple », rassure Faouzi Derbouz.

Marcher au maximum tant que c’est possible

Trente-cinq kilomètres à pied, ça pique. Mais, lors de l’une des randonnées nocturnes de Faouzi Derbouz, ne vous avisez pas de vous plaindre. « Qu’on ne vienne pas me dire “j’ai mal”, je ressens bien les douleurs moi », déclare-t-il. Handicapé depuis 2014, suite à une erreur médicale qui lui a fait perdre 25 % de sa mobilité, Faouzi Derbouz souffre à chaque pas. Mais il continue d’avancer « tant qu’il le peut ». En 2014, après avoir attrapé une maladie nosocomiale qui lui a valu deux mois d’hospitalisation, des « types en blouse blanche » lui annoncent qu’il finira certainement par ne plus marcher. Et il sent qu’il va « finir par y passer ». Mais en attendant, il organise de longues marches.

« Un jour, je me suis dit que j’allais le faire », raconte-t-il. Depuis plusieurs mois déjà, Faouzi Derbouz songe à un projet fou quand il se décide à en parler à sa famille. Il veut traverser Paris à pied. « Je voulais prouver qu’il ne faut pas condamner les gens », confie-t-il. Il ignore l’avis de ses médecins, qui estiment que « cela va simplement l’envoyer en fauteuil plus tôt que prévu », et organise l’expédition. Pari réussi, dans la nuit du 12 au 13 juillet 2019, il réussit à parcourir 35 kilomètres d’une traite. Un exploit renouvelé depuis, à chaque marche nocturne. Environ une fois par mois. Ce samedi, la randonnée​ part de la gare Rosa-Parks (19e arrondissement) à 19 heures pour rejoindre le Forum des Halles vers minuit, soit 18 km (inscription obligatoire 5 euros). L’occasion de profiter ensuite de la Nuit blanche.

Tous les profils chez les Night Trotters

« Pour le dépassement de soi », « pour sociabiliser, parce qu’on découvre les gens différemment la nuit », « pour découvrir Paris autrement », « parce que, de nuit, c’est rassurant de ne pas être seul »… Chacun des Night Trotters a ses propres raisons de venir, un vendredi soir, passer la nuit avec de parfaits inconnus.

La nuit tombée, Faouzi Berbouz organise un lacher de lanterne pour récompenser les randonneurs.
La nuit tombée, Faouzi Berbouz organise un lacher de lanterne pour récompenser les randonneurs. - © Mathilde Desgranges / 20 Minutes

Certains habitués sont de véritables sportifs. Kousseila a l’habitude d’organiser ses propres randonnées, il participe aux marches nocturnes pour leur convivialité. A quelques pas de lui, Samya, accro aux challenges, marche avec une amie randonneuse. Mais Faouzi Derbouz veille à ce que les randonnées restent accessibles à cette dame qui ne peut pas finir le parcours à cause de sa santé, à Daniel âgé de 74 ans, ou encore à ce groupe d’amis venu offrir à leurs chiens une longue promenade.

Une fois arrivés à destination, les Night Trotters finissent leur nuit par un petit-déjeuner. Faouzi Derbouz attend ensuite que tout le monde s’en aille. « J’aime les regarder partir, un peu comme si je les rendais au monde après les avoir emmenés ailleurs le temps d’une nuit », confie-t-il.