Inondations : Le métro parisien est-il vraiment inadapté aux intempéries ? C'est faux

FAKE OFF La RATP assure être vigilante face aux risques d’inondation et met en place des exercices de simulation de crue annuellement

L F
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Un manifestant dans le métro parisien en avril dernier
Un manifestant dans le métro parisien en avril dernier — SOPA Images/SIPA
  • Après les inondations à Paris, ce mardi, des usagers de la RATP s’inquiètent de la vulnérabilité du réseau de transports en commun.
  • Mais au sein de la RATP, on assure faire le maximum pour anticiper les risques et ne pas affecter le réseau.
  • A l’avenir, le réseau sait également qu’il devra faire face à des épisodes similaires de plus en plus fréquents avec le réchauffement climatique.

Difficile de manquer les images de la station Balard mardi soir. Avec les trombes d’eau tombées à Paris, le métro s’est vue submerger par de fortes inondations. Un déluge plutôt inattendu après plusieurs épisodes de canicule tout l’été en France. D’après La Chaîne météo, en une heure seulement, il est tombé entre 10 et 40 mm de pluies. L’équivalent de deux à trois semaines de précipitation.


Difficile également de ne pas voir ici une conséquence directe du réchauffement climatique. Mais un débat divise sur Twitter : la RATP aurait-elle pu anticiper les risques d’intempéries ? « La ville n’est ni adaptée pour les canicules, ni pour les inondations. Au lieu de tout bétonner et de vouloir accueillir les JO 2024, il va peut-être falloir réfléchir à comment s’adapter face au réchauffement climatique », alerte par exemple  le blogger Bon Pote - qui traite de l’urgence écologique.

En face, le politologue François Gemenne estime que Paris « a été une ville pionnière en matière d’adaptation » et que le problème d’inondations avait été identifié « depuis près d’un siècle ». Les images du métro inondé peuvent-elles vraiment témoigner de la vulnérabilité du réseau de transports à Paris ? 20 minutes fait le point.

FAKE OFF

« On ne peut pas faire de miracle, mais il y a un vrai travail qui est fait », assure-t-on au sein de la RATP. Depuis 2002, le réseau de transports parisien a mis en place un plan de prévention du risque d’inondation (PPRI). « Nous sommes un des premiers réseaux à l’avoir fait », explique fièrement la régie… sûrement afin d’éviter d’anciens événements douloureux comme la célèbre crue de 1910 à Paris.

Une fois par an, la RATP organise des exercices de simulation afin de s’assurer de l’efficacité de son plan. Le pitch est simple : la crue devient incontrôlable et il faut absolument sauver les stations de métro en empêchant toute intrusion d’eau. L’idée est de protéger les grilles d’aération et les bouches de métro concernées afin de ne pas laisser la crue submerger le réseau sous-terrain. Deux méthodes sont alors utilisées : des parpaings ou des lattes en aluminium. « Ce plan vise à préserver nos installations - matériel et infrastructures - en cas de risque d’inondation de façon à permettre une reprise rapide de l’exploitation après une crue », explique notre interlocutrice.

Quelques stations plus vulnérables

Alors comment expliquer les images de stations submergées au terminus de la ligne 8 ce mardi ? Très certainement par la sous-estimation des données météorologiques. Si la RATP reçoit les informations de Météo France, la régie ne peut pas toujours anticiper la quantité d'eau attendu et sa localisation. Toutefois, le réseau assure avoir fait le maximum quand il était encore temps. Dès 18 heures, 8 stations « sur 368 ! » ont été fermées au public « pour éviter des accidents ou des chutes ». « Mais le reste du réseau n’a pas été impacté ».

Comme à Balard, le risque d'inondation existe bien et les stations vulnérables sont identifiées. « Elles font l’objet d’une surveillance étroite afin d’intervenir le plus rapidement possible en cas de nécessité et afin d’assurer la sécurité de ses agents et de ses voyageurs », assure la RATP. La présence de la Seine à proximité peut par exemple constituer un risque. D’autres éléments rentrent également en compte : « La perméabilité du réseau peut aussi s’expliquer par son ancienneté (plus de 100 ans), ou encore par la structure géologique des sols et l’environnement urbain ».

L’accroissement des risques

Si le Plan est déjà bien installé depuis quelques années auprès des équipes du réseau, la RATP reste consciente que le pire est à venir. « Nous nous préparons concrètement à gérer les différents impacts liés au changement climatique », soutient la RATP. Pour anticiper les effets, le réseau échange avec l’Union internationale des transports publics (UTIP) ou CoMET/Nova [la Communauté des métros à l’international].

En tout, trois risques majeurs ont été identifiés. Tout d’abord, la RATP avance une potentielle persistance du risque de crues majeure de la Seine, ou même de la Marne. Puis, elle craint également une récurrence et une intensité plus fortes des précipitations. « Elles se traduiraient par une augmentation des risques de glissements de terrains sur les talus de nos lignes aériennes, mais aussi par des inondations localisées d’accès de stations ou de locaux techniques qui impactent l’exploitation de notre réseau », explique notre interlocutrice. Enfin, au-delà des inondations, le réseau parisien souligne le risque d’une hausse des températures moyennes avec des sécheresses plus fréquentes, « augmentant les risques de pannes ou de dégradations mécaniques ».