Rénovation énergétique : Quelles aides pour les Parisiens et Parisiennes ?

URGENCE CLIMATIQUE « 20 Minutes » fait le point sur le programme « Eco-rénovons » de la mairie de Paris, qui ambitionne de rénover 22.500 logements sur la mandature

Aude Lorriaux
Une résidence en travaux (illustration)
Une résidence en travaux (illustration) — Come SITTLER/POOL/SIPA

Des factures d'électricité astronomiques, un logement peu confortable, des pieds froids l’hiver et une atmosphère suffocante l’été : autant de signes d’un bâtiment mal isolé, qui mériterait une  rénovation énergétique. Vous êtes parisien ou parisienne et vous y songez, sans trop savoir combien cela peut vous coûter ? 20 Minutes fait le point sur les aides spécifiques qui s’offrent aux personnes qui résident dans la capitale.

Il y a d’abord les aides classiques de l’Etat, et la fameuse MaPrimeRénov', pour laquelle vous devrez constituer un dossier précis avec des devis exacts. En tant qu’habitant ou habitante du Grand Paris, vous avez aussi droit à une aide pour réaliser un audit énergétique et ensuite pour la maîtrise d’œuvre des travaux, un chèque permettant « un gain d’économies d’énergie d’au moins 35 % » sur cette maîtrise d’œuvre, vante la Métropole.

20 % d’aides de la ville, en trois étapes

Les Parisiens et Parisiennes bénéficient d’un troisième dispositif de la mairie de Paris, baptisé « Eco-rénovons », qui offre aux copropriétaires un soutien gratuit par des conseillers de l’Agence Parisienne du Climat, laquelle met à disposition ses compétences juridiques et techniques. C’est aussi un soutien financier, qui permet selon Jacques Baudrier, adjoint à la maire de Paris en charge notamment de la transition écologique du bâti, de bénéficier en moyenne sur un projet de 20 % d’aides de la ville, en plus des 20 % d’aides de l’État. Les copropriétaires les plus pauvres peuvent même avoir selon l’élu plus de la moitié des investissements payés par les aides, selon la nature des travaux.

« Eco-rénovons » fonctionne en trois étapes. La première consiste à prendre contact avec l’Agence Parisienne du Climat, en s’inscrivant sur la plateforme CoachCopro (https://paris.coachcopro.com/inscrivez-vous/), en prenant rendez-vous par téléphone (01 58 51 90 20) ou en écrivant à info-conseil@apc-paris.com. Dans la deuxième étape, un conseiller accompagne les copropriétés à définir un projet de travaux, via un audit ou un diagnostic. Une fois les options posées, le conseiller va accompagner techniquement et financièrement les copropriétés à tracer un programme de travaux, avec un plan de financement du projet, des demandes de subvention, tout en préparant l’assemblée générale de la copropriété qui devra voter et approuver les travaux.

Un objectif de 22.500 logements privés

La rénovation énergétique permet en moyenne, selon Jacques Baudrier, d’économiser 55 % d’énergie. Toute copropriété parisienne est éligible au programme mais l’élu veut cibler davantage les copropriétés modestes et les passoires énergétiques, soit les immeubles des catégories F et G.

L’intérêt est bien sûr de faire des économies pour le porte-monnaie mais il a aussi et surtout un objectif environnemental, chaque rénovation apportant une baisse moyenne de 55 % d’émissions de gaz à effet de serre. « Les émissions du patrimoine bâti sont la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre », explique l’adjoint, qui s’apprête à lancer la deuxième phase d’Eco-rénovons, à la rentrée. L’objectif est de rénover 22.500 logements privés sur l’ensemble de la mandature, contre près de 11.000 jusque-là.

Les bâtiments haussmanniens sont « compliqués à rénover »

Et le temps presse : pour respecter la Stratégie nationale bas carbone de la France, qui vise la neutralité carbone en 2050, il faudrait rénover 40.000 logements privés par an, or seulement 2.000 sont rénovés chaque année dans la ville lumière. Pour atteindre cet objectif, le Conseil de Paris a validé en juillet un nouveau plan d’aide aux travaux doté de 58 millions d’euros. Ce budget supplémentaire permettra de lancer à l’automne une campagne de recrutement, avec des réunions publiques dans les mairies. Car, comme l’explique Marc Jedliczka, porte-parole Association négaWatt, à 20 Minutes, « les aides de la mairie sont intéressantes, le problème c’est que cela ne décolle pas trop ».

Eco-Rénovons souffre d’un manque de notoriété, qui s’ajoute à un problème plus général de difficultés des copropriétaires à se mettre d’accord. Pour Edouard Barthès, fondateur du Symbiote Mouvement qui regroupe des acteurs et actrices de la transition énergétique, et chef d’une entreprise de rénovation énergétique, c’est l’un des problèmes majeurs : « C’est très difficile d’avoir une majorité. On a un problème de décision, tout le monde ne veut pas forcément s’entendre ». Enfin, troisième obstacle, le patrimoine parisien est composé de nombreux bâtiments haussmanniens qui sont compliqués à rénover, à cause des moulures extérieures, des statues, et autres protubérances qui rendent impossibles d’isoler par l’extérieur. « Une fois qu’on a fait le chauffage et l’isolation vous n’avez plus grand-chose à entreprendre dans l’haussmanien. Il faut faire une isolation thermique par l’intérieur, en reproduisant des moulures à l’intérieur. Mais la plupart des gens ne veulent pas perdre de surface. Sur 100 mètres carrés, on perd entre 7 et 8 m2 », explique Edouard Barthès.

Le coût d’une rénovation reste aussi encore très élevé, avec environ 60 % du montant total à avancer par les copropriétaires, ce dont Jacques Baudrier, élu communiste, a bien conscience. « Aujourd’hui on met en France 3 ou 4 milliards par an dans la rénovation énergétique, alors qu’il en faudrait 23 milliards. Tout cela est une question d’argent et de volonté politique. Mais Paris n’est pas à la traîne », se défend l’élu, qui met en avant les 55.000 logements sociaux qui ont déjà bénéficié d’aides financières de la ville de Paris.