Incendie : « Il est impossible de dire que le scénario en Gironde n’arrivera pas en Ile-de-France »

INTERVIEW En 2022, l’Ile-de-France n’a pas été épargnée par les feux de forêt puisque 26 incendies se sont déjà déclarés. Claire Nowak, responsable du service forêt à l’Office national des forêts d’Ile-de-France et référente incendie fait le point sur la situation

Guillaume Novello
— 
Si l'Ile-de-France est pour l'instant préservée des gros incendies, rien n'est certain dans les années à venir (illustration).
Si l'Ile-de-France est pour l'instant préservée des gros incendies, rien n'est certain dans les années à venir (illustration). — Adil Benayache/SIPA
  • Depuis le début de l’année 2022, près de 30 hectares sont partis en fumée en Ile-de-France avec 26 feux de forêts comptabilisés.
  • Pour Claire Nowak, responsable du service forêt à l’Office national des forêts (ONF) d’Ile-de-France et référente incendie, « nous avons des conditions de sécheresse très fortes », propices aux feux de forêts.
  • Recommandant de ne « pas apporter de feu en forêt », elle appelle également les visiteurs à ne pas surcharger les bois qui, eux aussi, ont besoin de se reposer.

Alors que la Gironde n'en finit plus de se consumer, l'Ile-de-France semble préservée. Simple impression puisque 26 feux de forêts se sont déjà déclarés cette année dans la région, ravageant près de 30 hectares, le dernier en date touchant mardi une forêt à Rochefort-en-Yvelines. Claire Nowak, responsable du service forêt à l’Office national des forêts (ONF) d’Ile-de-France et référente incendie revient sur les risques que courent les forêts franciliennes et sur les bonnes pratiques à adopter pour éviter les départs de feu.

Quel est aujourd’hui le risque d’incendie pour les forêts d’Ile-de-France ?

Aujourd’hui [mercredi], le risque s’est effondré avec les précipitations de la nuit [de mardi à mercredi] et du matin. Mais le risque varie d’un jour à l’autre et même d’une heure à l’autre. Pour l’évaluer, nous nous appuyons sur les indices que Météo France établit de façon très précise pour la végétation sèche et la végétation vivante. Comme le risque évolue très vite, les décisions peuvent être prises d’une journée à l’autre, ce que les usagers des forêts ont parfois du mal à comprendre.

Cette année, le risque incendie est plus fort qu’en 2021 où la saison avait été humide. Ça a démarré dès avril et ça ne s’est pas arrêté depuis avec l’épisode de mi-juin et la canicule que nous venons de traverser. En plus les précipitations ont été faibles et nous avons donc des conditions de sécheresse très fortes avec de la végétation très sèche.

Comment cela se traduit-il en nombre d’incendies ?

Pour la partie Ouest de l’Ile-de-France que je surveille, nous sommes à six départs de feux depuis le début de l’année. Et par exemple, mardi à Rochefort-en-Yvelines, un incendie a touché une forêt départementale et une parcelle privée voisine, avec des flammes de grande ampleur, jusqu’à dix mètres de haut. En avril dernier, un feu avait déjà frappé cette zone détruisant 8 hectares. Il y a aussi les feux de moissons qui peuvent être déclenchés lors de la récolte par une étincelle. Dans les Yvelines, il y en a quasiment un par jour. On n’en parle pas beaucoup, mais cela a un gros impact économique pour les agriculteurs.

Certaines zones sont-elles plus vulnérables que d’autres ?

Toutes les forêts ne sont pas sur un pied d’égalité. Par exemple, la forêt de Fontainebleau [une quinzaine de départs de feu depuis le début de l’année], constituée en grande partie de pins, est située sur du sable qui ne retient pas l’eau et qui en fait une forêt très sèche. Dans la forêt de Rambouillet, il y a beaucoup de landes avec de la tourbe en dessous. Or des visiteurs qui bivouaquent et qui pensent avoir correctement éteint leur feu, peuvent déclencher un feu de tourbe. C’est-à-dire que le feu va prendre en sous-terrain, invisible, et ressurgir un peu plus loin, plusieurs heures après.

Mais le principal facteur de vulnérabilité est l’activité humaine car les feux en forêts ont une origine humaine dans 100 % des cas. C’est pour ça que les forêts de Meudon ou de Versailles, très fréquentées, sont très vulnérables. Les feux ne sont pas de grande ampleur mais sont fréquents. Après, les usagers ont souvent le réflexe de nous alerter, ce qui permet de limiter les dégâts.

Quelles sont les bonnes pratiques à mettre en œuvre pour éviter de mettre le feu à la forêt ?

En tout temps, il ne faut pas apporter de feu en forêt. Même au mois de février, il y a un risque avec le tapis de feuilles mortes de l’hiver. Pas de barbecue, pas de bivouac et s’il vous plaît, ne jetez pas vos mégots ! Et je sais qu’en période de fortes chaleurs, il est tentant de se réfugier en forêt pour y trouver de la fraîcheur, mais les forêts aussi sont fragiles et ont besoin de se reposer, il ne faut pas les surcharger.

De son côté, que fait l’ONF pour prévenir les incendies ?

Nous avons des relations très fortes avec les différents Sdis [service départemental d’incendie et de secours] et nous formons les pompiers aux risques de feux de forêt. Nous leur indiquons les accès aux forêts en cas d’intervention ainsi que la personne à contacter. A l’ONF, nous avons également des référents défense forêt incendie, comme moi, qui assurons une veille sur Météo France avec différents niveaux d’alerte. Le niveau maximal a été déclenché hier [mardi]. C’est la deuxième fois en 2022 après le samedi 18 juin. Dans ce cas, nous arrêtons tous les travaux en forêts (bûcheronnage, interventions d’Enedis, etc.), nous interdisons les manifestations avec du public comme les courses d’orientation, nous fermons aux véhicules les parties de forêts appartenant à l’ONF et nous effectuons des patrouilles de surveillance et de sensibilisation. L’objectif est de diminuer l’activité humaine au maximum et donc le risque incendie.

Un incendie de l’ampleur de celui en Gironde est-il possible en Ile-de-France ?

C’est très compliqué à dire. En Ile-de-France, les forêts sont plus petites et coupées par des routes et des prairies. 19.000 hectares détruits comme en Gironde, c’est l’équivalent de la forêt de Rambouillet. Ça paraît inimaginable en 2022 mais en 2030, il est impossible de dire que ça n’arrivera pas. Avec le changement climatique, on est dans l’incertitude. Il y a de plus en plus de sécheresses, de départs de feu. Et cela ne fait que trois ans que l’ONF Ile-de-France a des référents incendies.