Pontoise : Une association veut faire modifier la présentation d’une statue du général Leclerc

DEBOULONNAGE « Il n’est pas acceptable de présenter le général Leclerc comme un pacificateur », écrit cette association, qui met en avant ses opinions esclavagistes et ses « crimes de guerre »

A.L.
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La statue du général Leclerc à Pontoise.
La statue du général Leclerc à Pontoise. — P.poschadel / wikipedia

Un « criminel esclavagiste et colonialiste ». C’est ainsi qu’une association qualifie le général Leclerc, général français de la Révolution et beau-frère de Napoléon, en demandant que la statue qui lui est dédiée à Pontoise (Val-d’Oise), sa ville de naissance, soit présentée autrement pour « rétablir la vérité » sur cet homme.

« Il n’est pas acceptable de présenter le général Leclerc, qui n’est lié à Pontoise que pour y être né, de manière unilatéralement positive, comme un pacificateur, alors que les historiens s’accordent sur le fait qu’il a non seulement rétabli l’esclavage sur Saint-Domingue, mais qu’il s’y est de plus rendu coupable de crimes de guerre, voire de génocide, sur la population locale », écrit dans une requête adressée au tribunal l’association Pontoise A gauche Vraiment.

Envoyé contre Toussaint Louverture

Sur le panneau présentant la statue du général Leclerc, est écrit : « Né à Pontoise en 1772, le Général Leclerc s’était illustré, en 1796, lors de la campagne d’Italie que conduisait Bonaparte. Devenu l’époux de Pauline Bonaparte en 1797, il aida son beau-frère lors du coup d’État du 18 brumaire. Envoyé par celui-ci à l’île de Saint-Domingue pour la pacifier, il s’acquitta remarquablement de sa tâche, avant d’être terrassé par la fièvre jaune en 1802. »

Charles Victoire Emmanuel Leclerc est connu pour avoir dirigé l’expédition de Saint-Domingue, qui avait pour mission de renverser Toussaint Louverture. Cette expédition fut un échec et aboutit en 1803 à l’indépendance de Saint-Domingue, qui devient Haïti.

« Il faut détruire tous les Nègres des montagnes »

L’association Pontoise A gauche Vraiment a demandé en février à la mairie de retirer le panneau explicatif situé en face de la statue, et de le remplacer par un autre, qui « rétablisse la vérité », selon elle. La mairie ayant ignoré ses demandes, l’association a saisi le tribunal administratif en juin, mettant en avant les écrits du général Leclerc, qui affirmait selon elle dans une lettre : « Il faut détruire tous les Nègres des montagnes, hommes et femmes, ne garder que les enfants au-dessous de 12 ans », rapporte la requête, que s’est procurée 20 Minutes.

Selon l’association, laisser un tel panneau pourrait être contraire à la loi du 21 mai 2011 sur la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Selon différentes sources concordantes, la ville de Pontoise est en train de travailler à l’écriture d’un nouveau texte de présentation du général Leclerc, qui devrait être soumis à des historiens.

« Quoi que décide la juridiction, il semblerait bien que notre action porte ses fruits, mais il aura fallu plusieurs mois, plusieurs années même, de mobilisation, de propositions et une procédure devant le tribunal administratif pour qu’enfin la mairie se décide à agir ! », se désole l’association.