La ville de Paris veut réduire le travail précaire au sein de son personnel

CONTRAT DE TRAVAIL Le Conseil de Paris devrait voter mardi un plan pour sortir de la précarité près de 1.600 agents et agentes de la ville

Aude Lorriaux
Les surveillants des traversées piétonnes près des écoles effectuent des vacations de 13h20 par semaine.
Les surveillants des traversées piétonnes près des écoles effectuent des vacations de 13h20 par semaine. — Sophie Robichon / Ville de Paris
  • La mairie de Paris emploie 5.000 contractuels et 20.000 vacataires, et 1.600 d’entre eux n’ont pas d’autre emploi et effectuent plus qu’un mi-temps.
  • Ces agents sont concernés par un plan de « déprécarisation » que veut mettre en place la mairie, qui sera voté au Conseil de Paris ce mardi.
  • Au nombre des outils pour « déprécariser », la mairie réfléchit à proposer de la multi-activités aux personnes dont les postes sont du temps partiel subi : des agents qui encadrent des activités sportives pourraient se voir proposer par exemple – sans obligation – de faire en plus de la sécurité pour les piétons.

Avec plus de 52.000 employés, et surtout employées, la ville de Paris est un mastodonte en termes de ressources humaines. Une véritable ville dans la ville, avec ses privilégiés et ses précaires. C’est pour réduire le nombre de ces derniers, qui sont en grande majorité des femmes, que la mairie lance un plan de « déprécarisation ».

La mairie emploie en effet 5.000 contractuels et 20.000 vacataires. Tous et toutes ne sont pas de grands précaires. Selon Antoine Guillou, l’adjoint d’Anne Hidalgo en charge des ressources humaines, « la grande majorité » des contractuels ont des contrats de trois ans renouvelables avec la possibilité, au bout de six ans, de décrocher un CDI (le cadre national interdit de donner un CDI directement dans la fonction publique). Parmi les vacataires, près de 4.000 ont un emploi par ailleurs. Et beaucoup de vacataires ne souhaitent pas augmenter leur temps d’activité, ce qui est le cas des étudiants et étudiantes, par exemple.

1.600 personnes concernées par la déprécarisation

Mais d’autres subissent un temps partiel qu’ils et elles n’ont pas choisi, sans aucune autre ressource. Pour son plan d’attaque, la mairie a choisi de se concentrer en priorité sur les agents qui n’ont pas d’autre emploi et effectuent plus qu’un mi-temps, soit 1.600 membres du personnel municipal concernés. La première étape de ce plan sera votée ce mardi en Conseil de Paris et concerne 600 postes, qui représentent 315 équivalents temps plein. On y trouve une grosse centaine d’animateurs proches du plein-temps à qui la mairie va proposer le concours simplifié pour les titulariser. S’y ajoutent 500 agents de ménage qui étaient sur des contrats de dix mois et vont se voir proposer des contrats de 12 mois. Et enfin 50 gardiens et gardiennes d’école devraient aussi faire partie de cette première fournée.

Ce sont surtout des femmes : 56 % des agents de la Ville sont des agentes, et 61 % des vacataires n’ayant pas d’emploi permanent par ailleurs sont de sexe féminin, précise Antoine Guillou.

« Il faut permettre aux agents de pouvoir vivre à Paris »

« C’est un cache-sexe, c’est simplement une augmentation de la masse salariale, dénonce Grégory Canal, conseiller du groupe Changer Paris (LR) et premier adjoint aux finances dans le 15e arrondissement. Ce n’est pas un plan de déprécarisation, c’est un plan de titularisation. Cinquante mille agents c’est trop, il faut stopper cette hémorragie. Il faudrait mettre à plat tous les emplois, avec une vision, une feuille de route, qui dise “nos objectifs prioritaires c’est ça”. Et rendre attractifs certains postes qui ne trouvent pas preneurs. J’ai 500 places de crèche que je ne peux pas ouvrir parce qu’il n’y a pas de puéricultrices, on n’arrive pas à les embaucher. Elles ne sont pas assez payées. C’est comme les cantinières, elles sont payées au lance-pierre et habitent très loin, et il n’y a pas de politique d’accompagnement social. Il faut permettre aux agents de pouvoir vivre à Paris. »

Tous les syndicats se réjouissent de ces annonces, sauf la FSU qui dénonce un plan « insuffisant ». « Il y a plus de 11.000 vacataires à la direction des affaires scolaires. Plusieurs centaines sont sur des postes réguliers et pourraient avoir des contrats à 70 %. Il y a aussi plus de 600 vacataires de cours d’adultes à Paris et la ville propose d’en contractualiser seulement 150 en trois ans », regrette Nicolas Léger, co-secrétaire général du SUPAP-FSU.

La mairie réfléchit à proposer des postes multi-activités

Pour « déprécariser » son personnel, la mairie fait face à plusieurs difficultés. D’abord, la fonction publique interdit de cibler telle ou telle personne lorsqu’il s’agit d’un poste ouvert à concours. Elle peut seulement accompagner les gens vers le concours, ce que compte faire Antoine Guillou. « Nous allons leur proposer de préparer ces recrutements et organiser des épreuves qui tiennent compte de l’expérience professionnelle acquise », détaille-t-il à 20 Minutes. Mais toutes les personnes ne peuvent passer le concours : certains personnels n’ont pas la nationalité française, et ne peuvent donc pas être fonctionnaires.

Autre obstacle, et il est spécifique, cette fois, à la capitale, selon Antoine Guillou, la ville n’a pas le droit d’employer des fonctionnaires à temps incomplet. Qui plus est, depuis la loi de transformation de la fonction publique, il est interdit, pour éviter toute concurrence avec le statut de fonctionnaire, de proposer des contrats à des personnes qui font plus qu’un mi-temps. « Cela partait d’une bonne intention pour titulariser les gens, commente Antoine Guillou. Mais à la ville de Paris cela a un effet assez délétère, pour les agents entre mi-temps et temps plein nous n’avons aucune solution, ni contrat ni titularisation. »

Pour contourner ces obstacles, et construire des temps complets dans des secteurs où il est difficile d’en proposer, la mairie réfléchit à proposer des postes multi-activités. Des agents qui encadrent des activités sportives pourraient se voir proposer par exemple – sans obligation – de faire en plus de la sécurité pour les piétons, de manière à aller vers un temps plein. La réflexion en est à ses balbutiements, et la mairie se donner le temps. Pas étonnant, puisqu’il y a de quoi bouleverser totalement la vision du travail… « La notion de fiche de poste devient effectivement très large, commente Antoine Guillou. C’est assez novateur donc on prend le temps. C’est un travail complexe et de longue haleine ! »