« Une pantalonnade »

David Thomson

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« J'ai toujours répété que j'étais innocent. Aux policiers, aux juges,

aux surveillants. Personne ne me croyait », raconte Vamara Kamagate d'une voix tremblante. Un soir dans sa cellule de Fresnes, un gardien vient pourtant lui annoncer qu'il est libre, après six mois d'incarcération. En mars 2008, ce SDF ivoirien de 46 ans avait été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à dix-huit mois de prison.

Tout commence en février 2008. Une femme de 20 ans se rend au commissariat. Elle raconte qu'un homme de « 50-60 ans de type africain » l'a saisie à la gorge et lui a infligé des attouchements sexuels, rue Saint-Sabin (11e). Sans être « absolument formelle », la plaignante reconnaît Vamara Kamagate sur photos. Placé en centre de rétention après une interpellation de sans-papiers, il est immédiatement arrêté et condamné en comparution immédiate. Quelques semaines plus tard, coup de théâtre. Chez son avocate, la prétendue victime avoue qu'elle a tout inventé. Informé du revirement, le ministère public diligente une contre-enquête. Dénonçant des « faits imaginaires » fabriqués par « besoin de reconnaissance », il obtient de la garde des Sceaux le lancement d'une procédure de révision. Révision qui s'est tenue hier devant la chambre criminelle de la Cour de cassation. « Cette affaire doit inciter magistrats et enquêteurs à une certaine humilité », grince l'avocate de Vamara Kamagate dans sa plaidoirie. Me Sevaux fustige une « bavure judiciaire » et une « pantalonnade » qu'« un minimum de lucidité aurait permis d'éviter ». Un ton salué par l'avocat général, selon lequel « l'annulation de la condamnation s'impose ». La Cour de révision rendra sa décision le 24 juin. En attendant, l'intéressé doit comparaître pour séjour irrégulier sur le sol français. W