Paris : La Mairie sort sa bible sur l’esthétique parisienne pour répondre à #SaccageParis

URBANISME Le « Manifeste pour la beauté » a pour mission de définir les règles pour toute intervention dans l’espace public

Guillaume Novello
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C'est la fin des pieds d'arbre végétalisés.
C'est la fin des pieds d'arbre végétalisés. — MASTAR/SIPA
  • Les trois premiers tomes du Manifeste pour la beauté de la mairie de Paris sont désormais rendus publics.
  • Ce Manifeste est un « référentiel qui s’impose à chacun, mais avec une capacité d’adaptation », précise Emmanuel Grégoire, premier adjoint.
  • Il liste de manière exhaustive, non seulement l'intégralité du mobilier public parisien, mais également les règles d'intervention dans l'espace public.

Le titre fait un peu projet lycéen en mal de romantisme. Mais le Manifeste pour la beauté de la Mairie de Paris est diablement important pour l’espace public dans la capitale. Selon Emmanuel Grégoire, le premier adjoint, il s’agit du « nouveau référentiel afin de définir les lignes parisiennes et les règles d’application pour toute intervention dans l’espace public ». L’élu évoque également un « corpus doctrinal d’intervention » et le compare à une « bible », principalement à destination des agents de la ville et des partenaires.

Concrètement, ce manifeste se compose de quatre tomes (Introduction, Sol, Objets et Bâti). Les trois premiers sont consultables en ligne, mais le dernier ne sortira que plus tard étant lié à la révision actuelle du Plan local d’urbanisme (PLU). Chaque tome se présente comme le catalogue exhaustif de ce qui se fait en matière d’espace public, ce qui ne doit plus se faire et ce qui doit se faire, avec à chaque fois une description précise du mobilier retenu. On apprend ainsi que le potelet de base de 80 cm coûte 22 euros l’unité et doit être fixé à 30 cm de la bordure du trottoir.

Réduction du nombre de jardinières

Dans le tome sur Le Sol, est abordée très précisément la question des pieds d’arbre, qui a tant fait jaser, notamment le collectif #SaccageParis. On y apprend que les pieds d’arbre temporaires (entre 1 et 3 ans après la plantation, le temps que l'arbre se développe), un moment ouvert à la végétalisation des Parisiens, seront désormais pavés, afin de mieux les protéger. Dans la même veine, le tome 3 fait le ménage dans les jardinières. Exit les bacs en bois, les bacs en métal et les jardinières en gros pots colorés. « C’était la mode en 2015-2016, mais ça ne marche pas, commente Emmanuel Grégoire. C’est difficile à entretenir et ça demande un arrosage régulier. Notre priorité est les plantations de pleine terre, les bacs ne doivent être qu’un palliatif. »

Niveau poubelle de rue, le modèle Bagatelle avec ses tiges verticales, mise en service entre 2013 et 2016, ne doit plus être déployé, indique le tome sur Les Objets. « Elles sont trop fragiles et pas anti-rats ni corneilles », justifie le premier adjoint qui indique chercher une alternative. Qui pour l’instant est la poubelle Cybel, déployée à partir de 2019. Enfin, les 433 sanisettes couleur taupe seront remplacées en raison du lancement d’un nouveau marché public, aujourd’hui en cours.

L’aiguillon #SaccageParis

Dans cet inventaire à la Prévert, déjà entrepris dans les années 1990 sous la mandature Chirac, les équipes de la mairie ont mis à jour du mobilier en désuétude. C’est le cas de panneaux de direction routiers, conçu par JC Decaux dans les années 1970, mais qui ne les fabrique plus. Sauf que « plus personne ne sait s’en occuper, pointe Emmanuel Grégoire, et on assiste à leur lente dégradation. » Seule solution : leur suppression progressive de l’espace public parisien.

Au final, ce « référentiel qui s’impose à chacun, mais avec une capacité d’adaptation », précise l’élu parisien, doit permettre d’adapter la ville aux enjeux environnementaux sans qu’elle n’y perde son âme. C’est aussi une façon pour la mairie de répondre aux mécontents, en particulier le mouvement #SaccageParis. « Ils nous ont aiguillonnés et stimulés pour aller plus vite, concède Emmanuel Grégoire. Les commentaires irritants de bon sens ont été remontés même s’il y a eu parfois un caractère excessif. Cela n’a pas toujours été agréable, je l’avoue. » Reste à savoir si le Manifeste pour la beauté sera à la hauteur de leurs attentes.