Les micro-hubs, ces étranges cabanes en bois qui apparaissent dans Paris

LIVRAISON Ce vendredi était inauguré boulevard Beaumarchais (3e arrondissement) l’un des deux premiers « micro-hubs » parisiens. L’initiative vise à optimiser le dernier kilomètre de la livraison

Marin Daniel-Thézard
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Micro-hubs à l'effigie de Paris, conception Moonarchitecture
Micro-hubs à l'effigie de Paris, conception Moonarchitecture — Marin Daniel-Thézard
  • Dans le 3e arrondissement de Paris, sur d’anciennes places de parking, s’est installé un micro-hub.
  • Le principe est simple, c’est un mini-entrepôt qui permet d’éviter la pollution du dernier kilomètre dans le secteur de la livraison, grâce au vélo.
  • Cette installation entre dans le cadre de la politique d’urbanisme de Paris, qui pousse à adopter la mobilité douce.

Une cabane en bois de quelques mètres de long à l’effigie de la Ville de Paris s’est installée sur d’anciennes places de parking, boulevard Beaumarchais (3e arrondissement). Pas plus haut qu’une voiture, sa façade en bois laissant voir à travers, l’abri interroge les riverains. Il s’agit en fait d’un mini-entrepôt. Un espace de stockage que les camions, au lieu de rouler toute la journée pour livrer dans Paris, utiliseront pour décharger leur marchandise. Le fameux « dernier kilomètre » devrait, lui, être assuré à vélo. Pour Jonathan Sebbane, directeur général de  la société en charge du projet, Sogaris, le micro-hub permet de « répondre aux nouvelles exigences des territoires. » Cette société « d’économie mixte » – dans laquelle la Ville de Paris tient une place prépondérante –, crée des solutions pour atteindre une logistique urbaine durable et décarbonée.

Pour David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge de la transformation de l’espace public évoque une obligation de réorganiser la logistique de la ville, « il y a un contexte général qui nous oblige à décarboner ». La solution réside pour lui dans la « cyclo-logistique. » Ce terme très pompeux signifie que la ville favorise le vélo comme mode de transport de marchandise. Il s’agit d’optimiser les déplacements polluants et d’utiliser le vélo cargo dès que la distance le permet.

Démonstration du fonctionnement des micro-hubs, déchets récupérés par Olvo
Démonstration du fonctionnement des micro-hubs, déchets récupérés par Olvo - Marin Daniel-Thézard

Un autre sujet d’optimisation que ces micro-hubs rempliraient est l’espace public. L’adjoint d’Anne Hidalgo indique que depuis la réforme du stationnement, « nous sommes dans une politique de reconquête de l’espace public. Deux priorités ont été définies : augmenter l’espace réservé aux personnes à mobilité réduite et améliorer les flux logistiques décarbonés. » La cyclo-logistique devrait aussi permettre de rendre l’espace public moins bruyant et moins congestionné.

« Urbanisme tactique »

Ce projet n’est pas dénué d’un volet social. En France, alors que les modes de consommation impliquent de plus en plus la livraison, la précarité des travailleurs de cyclo-logistique est devenue un enjeu majeur. C’est la raison pour laquelle l’exploitation des micro-hubs a été notamment attribuée à Olvo. L’entreprise fondée en 2015 a fait de l’économie solidaire sa priorité, en faisant notamment détenir la société à ses salariés-sociétaires. « La livraison est un secteur qui va exploser, les enjeux sociaux doivent s’y adapter », explique Florentin Letissier, adjoint à la maire de Paris. Cette préférence vient concurrencer les mini-entrepôts Amazon. La Ville de Paris veut éviter un monopole de la société américaine « au modèle social douteux », selon les mots d’Ariel Weil, le maire de Paris Centre.

« C’est mignon, c’est cool, mais pas seulement. Ça rentre surtout dans une politique globale de la ville », poursuit l’élu. On parle « d’urbanisme tactique », un modèle de développement de l’espace public par des initiatives locales, tendant à rendre les villes plus accueillantes. L’urbanisme tactique est en général indissociable du volet écologique. C’est la raison pour laquelle ce mobilier urbain est conçu en robinier, un bois particulièrement solide « utilisé pour durer », selon Jonathan Sebbane.

Le plan prévoit que les micro-hubs peuvent être disposés dans les lieux qui le nécessitent le plus. Pour que cet objectif soit réalisable, les mini-entrepôts sont amovibles. « En moins de 24 heures, les micro-hubs sont déplaçables d’un point A à un point B », assure le directeur général de Sogaris. Si les élus sont enthousiasmés par l’inauguration, un passant les interrompt : « On se gare où nous maintenant ? » Rappelant que tous les Parisiens ne sont pas emballés par ces grilles de bois.