L'île-de-France au coeur du scrutin européen

Alexandre Sulzer et Tiphaine Réto

— 

Vingt-sept listes pour treize sièges. Le vote a beau être national,

les résultats des élections européennes de dimanche sont particulièrement attendus en Ile-de-France. C'est dans cette circonscription, la seule qui coïncide avec une région administrative, que le plus grand nombre de têtes d'affiche se présentent. Tour d'horizon des forces en présence.

G

Le PS défié par les Verts

Avec 18 % d'intentions de vote, selon un sondage BVA publié mercredi dans Le Parisien, c'est en Ile-de-France que le Parti socialiste pourrait faire son plus mauvais score. Au point que Benoît Hamon, numéro 3 de la liste, n'est pas assuré de pouvoir siéger à Strasbourg. La raison principale : l'émiettement des voix de gauche, notamment au profit des Verts, crédités de 16 %. Ceux-ci, d'ailleurs, ne cachent plus leur espoir de battre le PS à Paris intra-muros grâce à un fort électorat bobo. Clé de cet engouement : la personnalité de Daniel Cohn-Bendit, tête de liste, qui « n'a déposé aucun rapport durant la dernière session » parlementaire, a rappelé hier Benoît Hamon. Au PS, certains dénoncent aussi le choix d'Harlem Désir, personnalité effacée, en numéro 1. « Le casting de notre liste est mauvais », grogne un responsable. « Dans les quatre premiers de la liste, il y a deux ouistes et deux nonistes [au référendum sur le texte constitutionnel]. L'Ile-de-France est pourtant la région qui a voté oui le plus largement. » Reste qu'un Francilien sur deux, tenté de voter Verts, se dit susceptible de voter PS.

G

Une UMP en force

Avec 30, 5 % d'intentions de vote, l'UMP s'imposerait largement dans la région. Malgré la faible cote de popularité du chef de l'Etat, la majorité serait épargnée par le vote-sanction : 59 % des Franciliens déclarent ne pas vouloir voter en fonction du gouvernement. « La présidence française de l'Union européenne nous a été très favorable », précise Philippe Juvain, 5e candidat sur la liste UMP. Autre atout pour le parti, celui d'une composition de liste savamment orchestrée : « Entre Michel Barnier et Rachida Dati, l'UMP a mis en avant, en Ile-de-France, deux de ses principales stars », observe Gaël Slimane, directeur adjoint de l'institut BVA. Une observation à peine tempérée par la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade : « C'est la légitimité européenne de Michel Barnier qui est l'atout principal de la liste. »

G

Le MoDem, grand perdant ?

Plus question, pour l'instant, de jouer le troisième homme entre gauche et droite. 11 % seulement d'intentions de vote placent le MoDem loin derrière la liste des Verts. « La perméabilité est forte entre les électeurs du MoDem et des écologistes, précise Gaël Sliman. François Bayrou, qui a fait une campagne centrée sur lui, Nicolas Sarkozy et la France, a pu décevoir son coeur d'électorat particulièrement europhile. » Le ton entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit est monté vivement hier soir. Le premier a demandé à son rival d'« assumer ses écrits » sur la sexualité des enfants, tandis que l'autre l'a traité de « minable ».

G

Le Front de gauche tire son épingle du jeu

Alors qu'au niveau national, NPA et Front de gauche restent au coude-à-coude, l'Ile-de-France voterait à 7 % pour la coalition de Jean-Luc Mélenchon et du PCF. Un résultat deux fois plus élevé que le parti d'Olivier Besancenot. Mais les jeux ne sont pas faits : toujours selon Gaël Sliman, « Benoît Hamon bénéficie d'une grande popularité à l'extrême gauche ».

G

La droite de la droite dans les choux

77 % des voix de droite se concentrent sur l'UMP. De quoi laisser le FN, la liste villiériste Libertas et la candidature de Nicolas Dupont-Aignan au rang des marginaux. L'Ile-de-France n'est pas historiquement une terre d'extrême droite. Surtout que les têtes de liste des trois partis sont peu connues.

G

Des micropartis quasi inexistants

Cannabis sans frontières ou Europe décroissance... Chaque élection amène son lot de partis indépendants. Réunis, ils ne dépassent pas les 4 % d'intentions de vote. La liste antisioniste de Dieudonné pourrait ne pas dépasser 0,5 % des suffrages, contre les 3 % espérés. « La cible à laquelle s'adresse Dieudonné est une catégorie populaire qui se déplace très peu pour voter », note Gaël Sliman. W