Pénurie d'enseignants : « J'ai envie de travailler avec les enfants »... Franc succès au job dating de l'académie de Versailles

REPORTAGE L’académie de Versailles organise cette semaine des entretiens avec des candidats qui veulent enseigner en tant que contractuels. Et ce, dès la rentrée prochaine

Delphine Bancaud
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Le job dating organisé par l'académie de Versailles en mai 2022 au lycée Alfred Kastler de Pontoise (Val d'Oise).
Le job dating organisé par l'académie de Versailles en mai 2022 au lycée Alfred Kastler de Pontoise (Val d'Oise). — D.Bancaud/20minutes
  • L’académie de Versailles organise cette semaine un job dating sur 4 jours pour recruter 2.000 contractuels dans quatre départements : Yvelines, Essonne, Hauts-de-Seine et Val-d’Oise.
  • Une première du genre, car les difficultés de recrutement dans l’académie sont réelles et la rentrée s’annonce tendue dans certains établissements.
  • 20 Minutes a pu discuter avec certains candidats, très motivés par ces contrats d’un an renouvelables.

Ce mardi, le lycée Alfred-Kastler de Pontoise (Val-d’Oise) s’est mué en cabinet de recrutement. Car l’académie de Versailles organise son premier job dating pour embaucher des enseignants contractuels, mais aussi des AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap), des psychologues de l’Education nationale, des infirmiers et des médecins scolaires.

Une opération d’ampleur puisqu’elle s’étale sur 4 jours* et vise à recruter 2.000 contractuels pour septembre. Il faut dire que la prochaine rentrée s’annonce tendue, car les concours d’enseignants sont loin d'avoir faire le plein cette année, notamment en maths, en allemand, en lettres ou pour les postes de professeurs des écoles. Un problème national particulièrement criant dans certaines académies. Comme celles de Versailles, où l’on a compté par exemple cette année 484 admissibles pour 1.430 postes de professeurs des écoles.

« Ils veulent changer de métier et exercer une profession qui a un sens »

Sur le parvis du lycée, des candidats, CV à la main et stress en bandoulière, attendent pour passer un entretien avec un des 28 jurys présents. Dans la file ont aussi pris place des personnes qui n’ont pas rendez-vous et sont juste venues se renseigner sur les métiers de l’éducation. Un flux continu qui donne le sourire à Benoît Verschaeve, le secrétaire général de l’académie de Versailles : « C’est un réel succès : 1.600 personnes se sont inscrites pour un entretien sur un des 4 jours, et on table sur environ 2.000 visiteurs durant le job dating ». Des postulants aux profils très divers : « On sait que 45 % sont titulaires d’un diplôme de niveau bac +5, que 25 % sont des candidats en reconversion. Mais il y a aussi des étudiants en fin de cursus, des demandeurs d’emploi… », décrit Guylène Mouquet-Burtin, directrice académique des services de l’Éducation nationale du Val-d’Oise.

Les entretiens d’embauche durent 30 minutes et sont menés par des inspecteurs de l’Education nationale, des conseillers pédagogiques, des personnels de direction ou des membres des ressources humaines du ministère. Parmi eux, André Lacoste, personnel de direction, enchaîne les entretiens : « On tombe sur des gens pour qui la crise du Covid-19 a été un catalyseur : ils veulent changer de métier et exercer une profession qui a un sens. Ce matin, une jeune femme qui travaillait dans l’audit m’a ainsi dit que gagner beaucoup d’argent ne faisait pas tout, qu’elle aspirait à autre chose », raconte-t-il.

« Je veux devenir professeure des écoles »

Une volonté de changer de voie qui est celle de Ludovic, 38 ans : « J’ai travaillé en tant que cadre commercial dans le secteur de la défense. J’ai envie de sortir du business pour aller vers la connaissance », explique celui qui postule à un emploi de professeur de SES au lycée. Un poste pour lequel il peut espérer toucher un salaire d’environ 2.300 euros bruts, bien loin de ce qu’il percevait dans le privé. « Mais je vais gagner en qualité de vie, avoir plus de temps pour ma famille », sourit-il, avant de tourner les talons. Marie, 28 ans, est elle aussi en reconversion : « Je suis journaliste. Et ça fait longtemps que j’ai envie de travailler avec les enfants. J’aime apprendre et transmettre. Je veux devenir professeure des écoles, d’abord en occupant un poste de contractuel, ensuite en passant le concours ».

Dans la salle d’à côté, Djamila, 51 ans, prend congé du jury. Elle sort, l’air confiant : « Mon entretien s’est bien passé. Ils m’ont posé des questions sur mon parcours, mes méthodes pédagogiques. Ils étaient bienveillants et je pense que mon expérience de treize ans en tant que formatrice en français pour des étrangers les a intéressés. Puisque je veux justement enseigner à des allophones dans une Clin (classe d’initiation pour non francophone). »

« Je bosserai tout l’été sur mes cours »

Si le fond des entretiens est sérieux, la forme semble décontractée. On entend même quelques rires fuser. Alexis, 22 ans, sort un grand sourire aux lèvres. « J’ai expliqué au jury ma démarche : je viens de finir une licence de lettres modernes et je souhaite être professeur des écoles pendant un an, afin d’être sûr et certain que ce métier me correspond. Ensuite, je reprendrai mes études et je passerai le concours. Je crois que j’ai convaincu le jury, car il m’a proposé plein de mises en situation », décrit-il. Un enthousiasme qui tranche avec le discours ambiant sur la crise des vocations dans l’Education nationale et le manque d’attractivité des métiers : « On voit, à travers les entretiens, que les candidats ne sont pas là par défaut. Ils ont une vraie appétence pour l’enseignement », insiste Benoît Verschaeve.

Reste qu’ils vont désormais devoir faire preuve de patience. « Personne n’aura de réponse aujourd’hui. On va prendre le temps d’étudier leur dossier et reconvoquer les candidats qui postulent dans le second degré pour un entretien avec un inspecteur de leur discipline », explique André Lacoste. Et s’ils sont pris, il leur restera beaucoup de pain sur la planche. Car si l’académie prévoit de les accueillir dès la fin août et de les former pendant une semaine, ils devront aussi préparer leurs premiers cours. « J’ai bien conscience que la formation qui nous sera dispensée ne sera pas du tout suffisante. Je compte me préparer en utilisant les ressources du site Eduscol, lire beaucoup et parler avec un maximum d’enseignants », indique Marie. « Je bosserai tout l’été sur mes cours. Ça ne me fait pas peur », lance aussi Ludovic. Pour accompagner ceux qui se lanceront dans le grand bain, l’académie a aussi prévu de leur octroyer un tuteur enseignant pendant toute l’année. « On veut qu’ils se sentent soutenus et qu’ils aient envie de rester dans l’Education nationale », souligne Guylène Mouquet-Burtin.

* Après le job dating de lundi qui a eu lieu au rectorat de Versailles et celui de mardi au lycée Alfred Kaslter de Pontoise, celui de jeudi aura lieu au lycée international de Palaiseau (Essonne) et celui de vendredi à la Préfecture de Nanterre (Hauts-de-Seine).