Quatre millions de Franciliens boiront une eau sans chlore ni calcaire en 2030

WATER PROJECT Le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) a décidé de consacrer près d’un milliard d’euros pour mettre en place la technologie de l’Osmose inverse basse pression

Guillaume Novello
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C'est dans ces tubes, à l'usine de Méry-sur-Oise, que l'eau est nanofiltrée à travers des membranes percées de minuscules trous.
C'est dans ces tubes, à l'usine de Méry-sur-Oise, que l'eau est nanofiltrée à travers des membranes percées de minuscules trous. — G. Novello
  • Avec plus 4 millions de Franciliens desservis, le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) est le plus gros producteur d’eau potable de France et d’Europe.
  • Il a récemment décidé de consacrer près d’un milliard d’euros à la mise en place de la technologie de l’Osmose inverse basse pression dans ses trois usines, à commencer par celle de Méry-sur-Oise, dès 2025.
  • Cette technique permet une filtration ultra-fine de l’eau puisée en rivière afin, selon ses promoteurs, de la débarrasser des micropolluants, du calcaire et des matières organiques.

C’est un énorme projet à près d’un milliard d’euros qu’est en train de lancer le Syndicat des eaux d’Ile-de-France. Présidé par André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux et regroupant 135 communes franciliennes, le Sedif alimente plus de 4 millions d’habitants d’Ile-de-France en eau potable. Et dans son plan d’investissement 2022-2031, il prévoit d’intégrer le procédé de l’Osmose inverse basse pression (OIBP) à ses trois usines de Choisy-le-Roi, Méry-sur-Oise et Neuilly-sur-Marne.

Derrière cet acronyme barbare se cache une technique permettant de filtrer l’eau de manière extrêmement fine à travers des membranes percées de pores d’un diamètre d’un millième de micron. Elle est principalement utilisée pour le dessalement de l’eau de mer, mais à des pressions beaucoup plus fortes, d’où le BP de l’acronyme. Mais alors pourquoi appliquer une technique si onéreuse pour de l’eau douce ? « Pour éliminer le plus de micropolluants possibles, réduire le taux de calcaire et l’apport en chlore », explique Anne-Laure Colon, cheffe du service Études de faisabilité et filières hautes performances du Sedif.

Sus aux matières organiques

Si le calcaire et les micropolluants sont déjà présents dans les eaux de rivière puisées par le Sedif, le chlore, qui parfois donne un goût de piscine à l’eau du robinet, est, lui, ajouté à l’eau potable pour réduire le risque bactérien. « Or l’OIBP permet d’éliminer la matière organique qui est le substrat nutritif des bactéries, indique l’ingénieure. Par conséquent, avec l’OIBP, les bactéries ne peuvent proliférer et on a moins besoin d’ajouter du chlore à l’eau traitée. » L’inconvénient, c’est que l’eau produite avec l’OIBP est trop pure pour être consommée car manquant de sels minéraux. Il faut donc la mélanger avec de l’eau produite de façon classique, dite biologique, pour qu’elle soit potable.

L'usine de Méry-sur-Oise, entièrement automatisée, est gérée depuis un poste de commandement.
L'usine de Méry-sur-Oise, entièrement automatisée, est gérée depuis un poste de commandement. - G. Novello

Dans le projet initial, l’OIBP devait en premier lieu être utilisée dans le site pilote d’Arvigny à Savigny-le-Temple (Seine-et Marne). Mais les élus locaux, et notamment l’agglo Grand Paris Sud, n’étaient pas très chauds, qualifiant même le projet de « non-sens environnemental » dans un communiqué de presse. Actant de l’arrêt du projet d’Arvigny le 25 avril, le Sedif s’est donc rabattu sur l’usine de Méry-sur-Oise (Val-d’Oise), dont le maire Pierre-Edouard Eon est l’un des vice-présidents, ce qui limite les risques d’opposition.

Une super-nanofiltration

Mais surtout, depuis 1999, l’usine de Méry dispose, à côté de sa filière biologique, d’une filière membranaire par nanofiltration. En gros l’OIBP mais en moins fin, les pores faisant entre un dixième et un centième de micron. D’ailleurs, l’édile assure qu’avec l’OIBP « nous sommes dans la continuité de cette technologie même si le saut technologique est beaucoup moins fort qu’en 1999 ». Il suffit en effet de changer les membranes pour passer de la nanofiltration à l’OIBP, c’est pourquoi l’opération devrait coûter moins de 15 millions d’euros hors taxes.

Or coup de chance, les membranes actuelles, en fin de vie, ont besoin d’être remplacées, mais elles ne sont plus produites. Donc autant passer au stade supérieur d’autant que, assure Anne-Laure Colon, « l’OIBP ne consomme pas plus d’énergie que son prédécesseur ». Reste à savoir si cette migration l’OIBP va passer par une phase pilote (celle qui aurait dû se faire à Arvigny) ou si le Sedif va y aller franco. Ce dernier décidera à l’issue d’une réunion d’arbitrage le 15 juin.

Avant d'être nanofiltrée, l'eau puisée dans l'Oise passe d'abord en bassin de décantation.
Avant d'être nanofiltrée, l'eau puisée dans l'Oise passe d'abord en bassin de décantation. - G. Novello

En tout état de cause, la mise en service de l’OIBP se fera en 2025 pour l’usine de Méry-sur-Oise et en 2030 pour les deux autres usines où le chantier s’annonce bien plus conséquent puisque les deux sites ne disposent que d’une filière biologique. Pour un coût unitaire estimé de 400 millions d’euros et donc une consommation énergétique doublée. Evidemment de tels investissements vont avoir un surcoût pour le consommateur, de l’ordre de 0,02 centimes le litre. « Mais cela reste beaucoup moins cher que de l’eau en bouteille », assure Pierre-Edouard Eon qui vante également les économies liées à une eau moins calcaire sur l’utilisation de détergents ou sur l’usure de l’électroménager. Et, rassurez-vous, l’eau actuelle du Sedif est « parfaitement potable et d’excellente qualité ». Décidément, on n’arrête pas le progrès.