Tourisme à Paris : « On sent bien qu’on est dans une phase de reprise »

INTERVIEW Corinne Menegaux, directrice de l’office du tourisme et des congrès de Paris, présente les tendances de la saison touristique à venir dans la capitale

Guillaume Novello
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N'est-ce pas la plus belle ville du monde ?
N'est-ce pas la plus belle ville du monde ? — xavier FRANCOLON/SIPA
  • Avec un taux d’occupation hôtelier de 82 % le week-end de Pâques a été très bon d’un point de vue touristique.
  • Après deux années de restrictions liées au Covid-19, il pourrait annoncer le retour des grandes heures du tourisme parisien même si les chiffres de 2019 sont encore un peu loin.
  • Si les clientèles européennes sont bien présentes, on attend encore les touristes asiatiques.

C’est peut-être le début d’un retour à la normale. Après deux années difficiles en raison des restrictions sanitaires, le week-end de Pâques a lancé la haute saison touristique dans la capitale. Et les chiffres sont plutôt bons avec un taux d’occupation hôtelier de Paris intra-muros de 82 % tandis que certains culturels sites ont dépassé leur niveau de fréquentation de 2019. Afin de savoir si ce week-end n’était pas qu’un feu de maille, nous avons interrogé Corinne Menegaux, directrice de l’office du tourisme et des congrès de Paris, sur les tendances pour la saison à venir.

Après deux ans de restrictions liées au Covid-19, assiste-t-on au printemps du tourisme à Paris ?

Depuis avril la situation a évolué. Nous avons une hausse des réservations avec des pics sur les week-ends prolongés comme Pâques ou l’Ascension, où nous retrouvons les chiffres de 2019, l’année de référence. Pour Pâques nous étions à 82 % de taux d’occupation et nous sommes à 87 % pour l’Ascension. En revanche, en annuel, nous sommes un peu en dessous de 2019 parce que le début de l’année a été difficile, nous n’étions pas encore sortis des restrictions liées au Covid-19​. Néanmoins, on sent bien qu’on est dans une phase de reprise. Pour l’instant les taux de réservations pour l’été sont un peu bas mais ça bouge beaucoup, notamment parce que les fenêtres de réservations se sont réduites. Par exemple, nous ne sommes qu’à -20 % par rapport à 2019 pour juillet contre -30 % pour août, mois qui peut encore augmenter.

Quelles nationalités sont de retour ? Lesquelles sont restées chez elles ?

Pour les Espagnols et les Italiens, nous sommes quasiment au niveau de 2019 mais c’est un peu plus bas pour le Royaume-Uni et l’Allemagne. Même si pour les Britanniques, nous avons eu pour Pâques 50 % de réservations de plus qu’en 2019. La clientèle américaine, quant à elle, est assez stable malgré la guerre en Ukraine qui aurait pu les refroidir. Nous sommes à -26,5 % par rapport à 2019 mais en phase ascendante. La clientèle du Moyen-Orient est bien présente avec plutôt des longs séjours. Enfin les Asiatiques ne sont pas encore revenus.

Comment cela s’explique-t-il ?

Pour expliquer l’absence de clientèle asiatique, il y a deux facteurs : l’effet Covid avec notamment les récents reconfinements et un enjeu géopolitique qui fait que la Chine n’octroie pas beaucoup de visas pour garder les touristes sur son sol. Il n’y aura pas de retour à la normale avant 2023 et encore, ça dépendra de la situation sanitaire et géopolitique.

En parlant de géopolitique, qu’en est-il des Russes ?

En raison de la guerre en Ukraine, il n’y a évidemment pas de clientèle russe. Mais celle-ci ne représente que 3 à 4 % de la clientèle totale donc ce n’est pas un enjeu majeur même si c’est une clientèle haut de gamme qui dépense beaucoup dans les hôtels, les boutiques, etc.

L’épidémie de Covid a-t-elle transformé le tourisme dans la capitale ?

Le tourisme de loisir est reparti mais on est moins bien sur le tourisme d’affaires (les salons, les séminaires, etc.). On a remarqué que les séjours d’affaires sont moins fréquents mais plus longs, ça peut être une évolution de long terme même s’il est un peu tôt pour se prononcer. Nous avons le même phénomène pour les groupes qui reprennent moins vite, sans doute à cause de la peur du Covid-19, mais aussi en raison de l’absence des clientèles asiatiques qui voyagent beaucoup en groupes.

Comment s’en sortent les sites touristiques parisiens ?

Les gros sites touristiques sont forcément plus impactés par la réduction du nombre de touristes. C’est moins le cas pour les sites secondaires qui ont su compter sur les touristes français. Mais la fréquentation est repartie et pour les week-ends prolongés, tous les créneaux de visites de la tour Eiffel sont réservés tandis que le Louvre et la Conciergerie affichent complets.