Paris : La maternité des Lilas obtient un sursis d'un an et ne fermera pas en juin

SANTE Malgré un lourd déficit, le droit d’exercer de la maternité des Lilas a été prolongée d’un an grâce à une procédure Covid. Reste à trouver une solution pérenne pour éviter la fermeture

Mathilde Desgranges
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La maternité des Lilas (Illustration)
La maternité des Lilas (Illustration) — © POUZET/SIPA
  • La maternité des Lilas, régulièrement menacée de fermeture, risquait de perdre son droit d’exercer en juin prochain.
  • Grâce à une procédure liée à la crise du Covid, son habilitation a été prolongée d’un an.
  • « On a un an pour trouver une solution et ne pas fermer », explique Myriam Budan, directrice de la maternité.

« On a un an pour trouver une solution et ne pas fermer ! » Myriam Budan, directrice de la maternité des Lilas, a accueilli avec soulagement la prolongation du droit d’exercer, accordée le 29 avril par l’ Agence régionale de santé (ARS). « L’habilitation a été prolongée d’un an, à la suite de la crise du  Covid, détaille-t-elle. Ce n’est pas une mesure spécifique à notre maternité. » Cet établissement de Seine-Saint-Denis, emblématique des droits des femmes, est pionnier dans la pratique de l’accouchement naturel. Régulièrement menacé de fermeture, l’établissement devait perdre son droit d’exercer en juin. Près de 1.400 nouveau-nés voient le jour chaque année dans la maternité des Lilas.

L’agence régionale de santé (ARS), affirme désormais « qu’il n’y a pas de date butoir – ni en juin ni dans les mois à venir – concernant la situation de la maternité, qui continue de fonctionner avec l’autorisation de l’Agence. » Une pétition lancée en « soutien à la maternité des Lilas pour éviter sa fermeture » recueille désormais plus de 40.000 signatures.

Un projet toujours en sursis

« On va fermer, on ne va pas fermer, on va fermer, on ne va pas fermer… Cette maternité, c’est un éternel recommencement à la recherche d’un projet », regrette Myriam Budan. La maternité est peut-être enfin sauvée, grâce au groupe AVEC qui souhaite la reprendre. « Le projet est un peu flou. La seule chose qui est sûre, c’est que ce groupe accepte de nous reprendre et de respecter nos critères : reprendre notre culture, garder voire labelliser notre nom, et reprendre l’ensemble du personnel », détaille-t-elle.

Les soignants partagent une culture du travail centrée sur les valeurs féministes, où le choix de la femme prime. « Les femmes décident si elles veulent ou non avoir un enfant, puis comment elles veulent accoucher, ajoute David Bries, un des organisateurs de la mobilisation pour le maintien de la maternité. Elles commencent par définir leur projet d’accouchement, selon leurs besoins. C’est bien différent de certaines usines à bébé où l’accouchement est accéléré pour rentabiliser sur le temps dédié aux mères. »

« Quitte à reconstruire, on veut un plateau technique et un service de chirurgie à côté de la maternité, reprend Myriam Budan. Autant fusionner avec une autre clinique, cela permettra de garantir plus de sécurité et de remédier au déficit. » La maternité fait face à un trou de 4,5 millions d’euros, payé par l’ARS. Mais le personnel soignant de la maternité craint un rapprochement avec le groupe, qui pourrait imposer sa logique de rentabilité. « Il a déjà prévu qu’il faudrait augmenter l’activité », explique la directrice. Le projet a tout de même été présenté à l’ARS, qui ne s’est pas encore prononcée.



La responsabilité de l’Etat

« Il faudra, un jour, pointer les responsabilités de celles et ceux qui n’ont pas permis que cette reconstruction aboutisse », critique Lionel Benharous, maire des Lilas, dans un communiqué publié ce jeudi sur Twitter. La ville pourrait proposer un terrain pour la reconstruction de la maternité, à condition que le « projet médical novateur de cet établissement pionnier soit préservé : une maternité de proximité, à taille humaine, qui respecte les choix des femmes, qui reconnaît le rôle des pères, s’engage pour l’égalité, garantit le droit à l’avortement. »

Le maire demande également « des garanties de l’Etat et de l’éventuel repreneur que l’ARS aura choisi que des moyens soient débloqués pour cette reconstruction. » A plusieurs reprises déjà, des projets de reconstruction de cette maternité ont avorté. De son côté, l’ARS assure que « l’Etat n’a jamais cessé de soutenir l’établissement », notamment avec des aides de trésorerie débloquées en urgence régulièrement. « On ne fermera pas, assure Myriam Budan. Mais il faut que l’ARS donne son accord au projet. »