Notre-Dame de Paris : Les codes du jeu vidéo s’invitent dans une expo immersive sur la cathédrale

CULTURE GEEK Avec « Notre-Dame de Paris, l’exposition augmentée », revivez de façon immersive et interactive les grandes étapes de la cathédrale, de sa construction à l’incendie de 2019

Guillaume Novello
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Plongée dans l'histoire de Notre-Dame de Paris — 20 Minutes
  • Une exposition immersive et interactive sur l’histoire de Notre-Dame de Paris ouvre ce jeudi au collège des Bernardins, (5e arrondissement).
  • Conçue par la start-up Histovery, elle permet grâce à une tablette de revivre de l’intérieur les dates clés de cet édifice emblématique.
  • L’exposition emprunte beaucoup au monde du jeu vidéo, notamment en ce qui concerne l’interactivité, mais s’en distingue par le souci de vérité historique.

Tout le monde se met aux jeux vidéo. Même Denis Brogniart, qu’on imagine plus volontiers faire une pub pour des allume-feu, vante les mérites d’une fameuse console de jeux. Alors pourquoi pas Notre-Dame de Paris ? Ne nous emballons pas, il ne s’agit pas d’un jeu vidéo sur la cathédrale mais d’une exposition immersive au collège des Bernardins, 5e arrondissement de Paris, intitulée Notre-Dame de Paris, l’exposition augmentée*, qui emprunte beaucoup dans sa mécanique aux jeux vidéo. Et fort heureusement pour le visiteur, le contenu a été bien plus bossé que le titre de l’expo.

En tout, « il a fallu un an et demi à une trentaine de personnes pour concevoir cette exposition », indique Edouard Lussan, cofondateur d’Histovery. C’est cette start-up française qui est à la manœuvre avec le soutien de l’Établissement public chargé de la restauration de la cathédrale (EP), du collège des Bernardins et de L’Oréal qui finance tout ça. « Contrairement à une exposition classique, ici l’ADN est le jeu vidéo, la curiosité est sans cesse sollicitée et c’est au visiteur d’interagir », insiste celui qui a conçu la visite augmentée ou histopad, dans son jargon. D’ailleurs, avant de se lancer dans l’aventure Histovery, il a été pendant dix ans game designer tandis que le directeur technique de l’entreprise a passé neuf ans chez Ubisoft. Et on sent bien que le jeu vidéo irrigue l’exposition.

Une ambiance digne d’un « Point and click »

Concrètement, le visiteur est muni d’un pad (une tablette), avec laquelle il doit scanner des similis QR Code disposés le long de l’exposition. Alors apparaît sur le pad une reconstitution en 3D de diverses époques de Notre-Dame, de sa construction à l’incendie. Il faut ensuite balayer l’espace avec sa tablette pour avoir une vue d’ensemble de la reconstitution comme on le ferait dans un jeu en réalité virtuelle. Il est également possible de zoomer dessus et d’interagir avec elle pour obtenir des informations, à la manière des Point and click des années 1990, comme Day of the Tentacle ou la série des Monkey Island. « Comme la tablette n’a pas la puissance de calcul d’une Playstation, et que l’autonomie de la batterie nous restreint dans les effets spéciaux et les déplacements en temps réel, vous retrouvez cette ambiance de Point and click », explique Edouard Lussan.

Ici, le visiteur peut interagir pour en savoir plus sur Maurice de Sully, à l'origine de la construction de la cathédrale.
Ici, le visiteur peut interagir pour en savoir plus sur Maurice de Sully, à l'origine de la construction de la cathédrale. - Histovery

Enfin, le visiteur est invité à chercher dans chaque scène un morceau de vitrail caché afin de le reconstituer, une chasse au trésor incontournable de la plupart des jeux vidéo. « La recherche des vitraux permet de mettre le focus sur cette thématique qu’on ne traite pas dans les autres aspects de la visite, indique le concepteur. Et on l’a traité sous la forme d’une chasse au trésor, car ça marche toujours auprès du grand public. » De manière plus globale, c’est l’interactivité qui guide la visite. Et « cette interactivité, vous la retrouvez dans le jeu vidéo, explique André de Sa Moreira, scénographe de l’expo. Vous êtes le héros, c’est vous qui bougez les objets, vous effectuez des choix. » Une mécanique que l’on retrouve dans tous les jeux en monde ouvert.

L'histopad permet aussi d'avoir une vue d'ensemble de l'île de la Cité.
L'histopad permet aussi d'avoir une vue d'ensemble de l'île de la Cité. - Histovery

Mais prévient, Edouard Lussan, « on ne fait pas un jeu vidéo. Ce dernier obéit à certaines règles de contrôle de personnage qu’on n’a pas là. On s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux personnes âgées et pas spécifiquement aux gamers. » Un autre point qui différencie cette visite d’un jeu comme Assassin’s Creed Unity d’Ubisoft qui se déroule à Paris, lors de la Révolution française, c’est que l’histopad « se doit absolument d’avoir une véracité historique parfaite », dixit son concepteur. D’où la soumission pour validation de chaque séquence à un comité scientifique.

Cette différence s’explique par des objectifs qui ne sont pas les mêmes : le divertissement pour Assasin’s Creed et la transmission de savoir pour Histovery. « Ubisoft fait sa cathédrale pour un gameplay spécifique, indique Edouard Lussan. Il est obligé de tricher avec l’histoire pour d’abord servir son propos qui est d’avoir un bon game play. Notre objectif, c’est de faire une visite virtuelle dans le passé pour le plus grand nombre. »

*Notre-Dame de Paris, l’exposition augmentée, du 7 avril au 17 juillet au collège des Bernardins, 10, rue de Poissy, 75005 Paris. Entrée gratuite mais réservation conseillée.

L’expo s’exporte

Face au retentissement mondial de l’incendie de Notre-Dame, - « Il n’y a quasiment pas un pays du monde où il n’y a pas un donateur », indique Jérémie Patrier-Leitus, directeur de la communication de l’EP-, les concepteurs de l’exposition souhaitent la faire voyager. Ainsi, avant même la fin de l’exposition au Collège des Bernardins, sa jumelle ouvrira le 15 avril au National Building Museum de Washington et le 6 août à Dresde. Dix autres villes devraient être visitées par l’exposition, mais les négociations sont encore en cours entre Histovery, le mécène L’Oréal et les acteurs locaux. Bruno de Sa Moreira, cofondateur de la start-up, est « absolument convaincu que cette proposition va rencontrer son succès à l’international ». Il souligne que la démo visible en octobre dernier à l’Exposition internationale de Dubaï a attiré 150.000 visiteurs en 30 jours. « C’était un des hits de l’exposition », assure-t-il. « Tout le monde connaît l’incendie de 2019, c’était choquant et vraiment un gros événement, estime Hannah Fischer qui travaille pour la BBC et a fait le déplacement depuis Londres. Et c’est vraiment intéressant de plonger dans l’histoire de la cathédrale. Je pense que ça peut fonctionner à l’étranger. »