« On était menacées, frappées »

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Fin août 2007, la police reçoit un appel désespéré d'une cabine.

Au bout du fil, une adolescente de 15 ans, « choquée », explique qu'elle vient de s'échapper d'un appartement de Villejuif (Val-de-Marne) où elle est séquestrée depuis dix jours. Elle précise qu'une amie de 19 ans y est toujours détenue, peut-être menottée. Dans l'appartement indiqué, la police la trouve terrorisée, un hématome à l'oeil droit.

Les filles racontent que depuis près d'un mois, six hommes les forcent à se prostituer. Agés de 20 à 28 ans, ils comparaissent, depuis hier, devant le tribunal correctionnel de Créteil. « Ça fait vingt et un mois que je suis en prison et je ne sais toujours pas pourquoi. On est là pour régler ça ! », s'exclame Lounis, dès le début de l'audience. Le chef présumé nie les avoir forcées à se prostituer et prétend ne pas avoir su qu'elles étaient mineures. « Elles ont choisi de se prostituer. Elles m'ont dit qu'elles avaient 18 ans. Un 95 D à 15 ans ? A cet âge, une fille n'a pas ce tour de poitrine », lance-t-il, énervé. Puis la présidente évoque le quotidien. Le soir, elles sont conduites en voiture à la porte Dorée (12e) et doivent ramener 300 euros chacune. « On était menacées, surveillées, frappées », explique la seule victime présente au tribunal hier. « Ça s'appelle du proxénétisme », dit la présidente. « Vous pouvez appeler ça comme vous voulez », répond Lounis, également poursuivi pour agressions sexuelles. « Les relations étaient consenties. J'ai des vidéos sur mon portable ! » Dans le box, ses coaccusés rigolent.

Leurs avocats désespèrent. Décrites comme « paumées » par les parties civiles, les deux amies font connaissance avec la bande après avoir fui leur milieu familial près de Clermont-Ferrand. Le meneur « nous a promis des merveilles si on se prostituait », a expliqué l'une d'elles. Situation consentie ou forcée ? Pour la défense, « au démarrage, on ne les a pas contraintes. Après, tout a dégénéré. » W

David Thomson