Le théâtre pour dépasser les clichés

Alexandre Sulzer

— 

Cécile Ladjali tente de casser les clichés sur le conflit au Proche-Orient dans sa classe.
Cécile Ladjali tente de casser les clichés sur le conflit au Proche-Orient dans sa classe. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Electre est palestinienne. Hamlet est israélien.

Ils s'aiment et doivent

chacun venger leurs pères en tuant le beau-père de l'autre. Telle est la trame tragique de Hamlet/Electre (éd. Actes Sud). Cette pièce de théâtre est signée Cécile Ladjali, l'une des auteurs qui bénéficient du programme régional de résidences d'écrivains (lire encadré), auquel une première journée d'échanges était consacrée hier aux Trois Baudets (18e).

Auteur d'essais sur l'éducation, de romans et chargée de cours à la Sorbonne nouvelle, Cécile Ladjali enseigne dans des établissements du 93 depuis treize ans. C'est au lycée Louise-Michel de Bobigny, où elle est basée, qu'elle mène depuis la rentrée une action pédagogique autour de sa pièce, au sujet sensible. « L'antisémitisme dur, je le trouve ici. J'entends des choses terribles dans la bouche de certains élèves », raconte celle qui a invité Sophocle et Shakespeare dans le conflit proche-oriental. Et compte sur cette transposition pour faire évoluer les clichés. Comme lors de ce cours, mardi, où des secondes lisent la scène d'un pacte lié entre Electre et Hamlet. « Dans cette scène, les personnages se rendent compte qu'ils ont la même histoire, que leur tragédie se ressemble », explique l'enseignante qui évoque une « guerre fratricide ». « Non, ils ne sont pas frères et soeurs ! », réagit un élève. Suit la lecture d'un texte du romancier israélien Amos Oz ainsi que du poète palestinien Mahmoud Darwich. Les élèves sourient : « On dirait Grand Corps Malade ! ». « Les textes étudiés sont difficiles, reconnaît l'auteur. Placer la barre haute, c'est une façon de respecter les gamins. » « Mon origine iranienne m'aide énormément, confie- t-elle également, les lycéens se disent : "Elle est comme nous". » En plus des lectures d'extraits, les élèves assisteront à la représentation de la pièce par des comédiens l'année prochaine, participeront à un programme d'échanges avec des établissements de Ramallah et de Jérusalem. Ils ont d'ores et déjà assisté à des lectures publiques à la maison de la culture, suivies de débats sur le conflit israélo-palestinien. « Après la pièce, leurs propos se densifient, s'épaississent. La littérature les aide à penser, décrypte Cécile Ladjali. Le Proche-Orient, ça les touche, mais il faut dépasser cela. Le message de la pièce sur les ghettos est universel. » W