La mairie Paris lance la chasse aux tagueurs

CANCEL CULTURE Les tags, qui se comptent par milliers dans Paris, nécessitent des coûts de nettoyage exorbitants et dégradent l’image de la ville, selon la mairie

Romarik Le Dourneuf
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Les graffitis sont difficiles à enlever et le nettoyage abime souvent la surface.
Les graffitis sont difficiles à enlever et le nettoyage abime souvent la surface. — R.Le Dourneuf / 20 Minutes
  • Les signalements pour des tags ou des graffitis dans la capitale se sont multipliés en 2021 sur le site Dans ma rue.
  • Pour endiguer ce phénomène, la mairie de Paris augmente les moyens et le budget des équipes de nettoyage.
  • La mairie veut également frapper de manière préventive en encourageant les syndics de copropriété à porter plainte et en constituant des dossiers transmis à la justice pour l’identification et la sanction des auteurs de ces méfaits.

Quelle différence y a-t-il entre un bon et un mauvais tagueur ? Pour la mairie de Paris, il n’y en a pas vraiment. Préoccupée par la recrudescence des tags et autres graffitis un peu partout dans la capitale, la municipalité a présenté ce mardi, son plan pour endiguer le phénomène.

Cinq cents tags enlevés chaque jour, soit 650 m² nettoyés, 4.000 interventions par semaine… Des chiffres qui pourraient donner le tournis. « Nous voulons lutter contre ce fléau urbain », explique Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo, pour lancer la conférence. Photos à l’appui, le premier adjoint a d’abord tenu à différencier les tags et l’art urbain : « Les street artists font de belles choses et savent choisir des emplacements discrets, adaptés […] et sont capables de faire quelques clins d’œil artistiques. » Les tagueurs eux, multiplient les signes un peu partout, selon la mairie. « Les Parisiens savent très bien faire la différence », estime Emmanuel Grégoire.

« Mettre un coup d’arrêt » au phénomène

Sur le site Dans ma rue (DMR), les signalements de tags n’ont cessé d’augmenter tout au long de l’année, entraînant des besoins plus importants pour les nettoyer. Aussi, la mairie de Paris augmente ses capacités pour répondre à la demande. Le budget alloué aux nettoyages passe ainsi de 5,8 millions d’euros en 2021 à 8 millions d’euros en 2022. Soixante-dix agents sont déployés quotidiennement, réduisant le délai moyen d’enlèvement de 11 à 6 jours. Un impératif pour la mairie comme l’explique Nicolas Nordman, adjoint à la Maire de Paris en charge de la sécurité et de la police municipale : « La dégradation visuelle dans une ville participe au sentiment d’insécurité. »

Mais le nettoyage n’est pas le seul pan du plan anti-tag. La municipalité veut aussi agir de manière préventive. « Nous voulons vraiment mettre un coup d’arrêt à ces habitudes très narcissiques qui constituent à signer tous les quatre mètres », explique Emmanuel Grégoire, qui regrette que les réseaux sociaux entraînent « une forme de compétition ». Et pour cela, il faut taper fort. Aussi, la municipalité s’appuie à la fois sur les signalements effectués par les habitants sur DMR et sur les photos prises par la police municipale pour constituer des fichiers qui permettent à la police de rechercher et d’identifier les auteurs des tags.

Des peines dissuasives

Selon Emmanuel Grégoire, ils seraient quarante, peut-être cinquante, responsables d’une grande partie des tags dans la capitale. Les fichiers constitués permettront de monter des dossiers transmis au procureur de la ville de Paris et seront utilisés contre leurs auteurs en cas de flagrant délit ou d’identification a posteriori. Pour l’exemple, l’équipe municipale a présenté trois signatures « Houtre », « TFR » et « Sery » qui proviendraient de deux tagueurs, responsables de près de 550 tags dans le 5e arrondissement, pour un coût total de nettoyage de 55.000 euros. Leurs dossiers sont maintenant dans les mains du parquet, à qui la mairie de Paris demande que « des poursuites soient engagées ».

Les élus espèrent des peines exemplaires, pour ces premiers dossiers comme pour les autres, dans le but de dissuader tous ceux que la bombe de peinture démangerait. Aussi, la mairie de Paris va distribuer des modes d’emploi aux 15.000 syndics de copropriété de la capitale pour les inciter à porter plainte lors du constat de graffitis, puisque la mairie ne peut le faire pour eux, et leur rappelle qu’un service de la ville gratuit existe pour demander un nettoyage.

Dans la même veine, le premier adjoint a assuré que la mairie allait bientôt se pencher sur un problème similaire : « Après les tagueurs, nous allons nous occuper des stickers. » Ces autocollants que beaucoup collent désormais un peu partout comme une signature. Leur enlèvement, « qui prend au moins vingt minutes de grattage », abîme, comme les tags, très souvent la surface sur laquelle ils sont collés.