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REPORTAGENoisy-le-Grand veut remettre sur rails l'utopique métro SK

Noisy-le-Grand : Abandonné et oublié, le métro SK veut enfin servir à quelque chose

REPORTAGEDéveloppé dans les années 80 et inauguré en 1993, le métro SK a été abandonné avant même d’avoir servi. La mairie de Noisy-le-Grand veut lui redonner vie
Une cabine abandonnée près du quai d'embarquement du métro SK.
Une cabine abandonnée près du quai d'embarquement du métro SK. - G. Novello / 20 Minutes
Guillaume Novello

Guillaume Novello

L'essentiel

  • Symbole d’une utopie urbanistique des années 80, le métro SK, sorte de téléphérique souterrain inauguré en 1993, n’a jamais vraiment servi avant d’être abandonné aux graffeurs et explorateurs urbains.
  • Propriétaire de la ligne d’environ 500 mètres, la mairie de Noisy-le-Grand veut la rénover pour en fait un tiers-lieu « branché pour le sud du 93 », selon les mots de la maire Brigitte Marsigny.
  • Ce projet de rénovation s’inscrit dans celui plus global de réhabilitation du quartier du Mont d’Est.

Les stations de métro fantômes vous font rêver, alors imaginez un métro fantôme ! C’est ce qui se cache dans les sous-sols de Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis. Le métro SK, du nom de son constructeur (Soulé) et de son inventeur (Yann de Kermadec) est une utopie bien française. L’idée est ingénieuse, il s’agit de reprendre le principe du téléphérique mais souterrain, à savoir des cabines tractées par des câbles. Ce système devait permettre d’effectuer le dernier kilomètre entre la gare du RER A et le quartier Maille Horizon, soit un parcours de 518 mètres.

Le projet s’inscrivait dans l’édification, dans les années 1980, de la ville nouvelle de Noisy-le-Grand et le développement du quartier Mont d’Est avec les fameux espaces Abraxas de Ricardo Bofill. A l’époque, on voit grand, sûrement trop grand. Héritier de cette vision, le métro SK est prêt à l’emploi en 1993 mais problème, il ne mène nulle part puisque le quartier Maille Horizon n’est pas sorti de terre. Sans raison d’être, le métro, qui devait quand même transporter 1.800 voyageurs à l’heure, est inutile avant même d’avoir été inauguré. Jusqu’en 1999, il tourne à vide de temps en temps pour en assurer l’entretien. Après, c’est la fermeture définitive, l’abandon, l’Urbex et les graffs. « Un gâchis que cette gare qui n’a jamais servi », commente la maire (LR) de Noisy-le-Grand, Brigitte Marsigny.

Granit rose et cathédrale

Et c’est pour réparer ce gâchis que la municipalité a décidé de rénover cet espace de 2.500 m² renommé Station K. « Quand j’ai visité l’endroit pour la première fois, en 2016, c’était le coup de foudre. C’était fabuleux, il fallait en faire quelque chose », explique l’édile. On accède à la station par une porte (presque) dérobée, sous la dalle de l’esplanade de la Commune de Paris, près d’une des sorties du RER A. On débouche alors sur le hall de la gare avec toilettes et même machine à distribuer les billets, le tout faiblement éclairé par les projecteurs des services municipaux. Le sol et les murs sont couverts de granit rose que la ville espère pouvoir réutiliser lors de la rénovation.

Le quai d'embarquement.
Le quai d'embarquement. - G. Novello

Un escalier descend au quai d’embarquement où gît une cabine couverte de graffitis, tandis que le tunnel s’enfonce dans l’obscurité. Un peu plus loin, la salle de commande et l’espace de stockage où sont alignées, deux par deux, huit capsules de transport. Enfin un dernier espace, surnommé « la cathédrale » avec près de 10 mètres de hauteur sous plafond où étaient prévus les locaux pour le personnel du métro SK. « L’objectif est de transformer la gare en tiers lieu avec une partie bar-restaurant, un espace sportif avec de l’escalade ou du yoga, et une sorte de galerie artistique », décrit Laurent Foret, directeur de la Socaren, la société publique d’aménagement en charge de la rénovation du site.

« Réutiliser le lieu avec l’esprit du lieu »

L’appel à projets sera lancé le 8 avril pour une livraison espérée avant 2026. L’idée est d’avoir un exploitant unique pour le lieu agglomérant ces diverses activités. Mais surtout, le porteur de projet doit « s’appuyer sur la mémoire du lieu », indique Laurent Foret, pour qui il faut « réutiliser le lieu avec l’esprit du lieu ». Car, en effet, « quand on visite cette gare, ça génère un imaginaire assez fort ». « Ça va devenir l’endroit branché pour le sud du 93 », promet Brigitte Marsigny. Mais avant cela, l’exploitant devra débourser 1,750 million d’euros pour acquérir les murs viabilisés auprès de la mairie de Noisy-le-Grand.

Pour cette dernière, ce projet s’inscrit dans celui beaucoup plus vaste de rénovation de l’esplanade de la Commune de Paris, également porté par la Socaren. « Nous voulons transformer ce quartier monofonctionnel en y développant des commerces et des restaurants », présente Laurent Foret. Est également prévu de « réinjecter du végétal dans ce quartier totalement béton » comme cela a déjà été fait autour des deux espaces aquatiques, fortement déminéralisés. La Station K sera donc à la fois le symbole et le fer de lance de la rénovation de tout un quartier.

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