L’insécurité frein à la pratique féminine du vélo, « plus on a de pistes cyclables, plus il y a de femmes »

MOBILITE La féminisation de la pratique cycliste urbaine est en marche malgré des obstacles toujours présents

Guillaume Novello
Un peu plus de 40% des cyclistes sont des femmes dans la capitale.
Un peu plus de 40% des cyclistes sont des femmes dans la capitale. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Une table ronde organisée par le réseau de réparateurs Cyclofix a abordé la question de la féminisation du vélo, notamment en milieu urbain.
  • A Paris, de plus en plus de femmes montent en selle, notamment depuis l’installation d’infrastructures sécurisées.
  • Mais de nombreux points restent à améliorer, que ce soit l’équipement, les solutions de stationnements ou la déconstruction des stéréotypes.

« Où sont les femmes ? », s’interrogeait avec sa voix de fausset Patrick Juvet. Eh bien elles sont de plus en plus à vélo. « Une étude menée à l’été 2020 après l’installation des coronapistes à Paris a révélé que 41 % des cyclistes étaient des femmes, indique Camille Hanuise, directrice de l’association Paris en Selle. Avant leur mise en place, on était à 36 %. » Une augmentation de cinq points directement liée, selon elle, à la création de ces nouvelles infrastructures. « Pour résumer, plus on a de pistes cyclables, plus il y a de femmes à vélo. »

Car pour la directrice de Paris en Selle, le principal frein à la pratique féminine est le sentiment d’insécurité, que réduisent donc ces infrastructures dédiées. « Certaines femmes ont déjà peur en tant que piétonnes donc passer au vélo, c’est un gap difficile à franchir, et c’est un public sur lequel on doit travailler », affirme pour sa part Marie-Xavière Wauquiez, présidente de l’association Femmes en mouvement, lors d’une table ronde sur la féminisation du vélo organisée mardi matin par le réseau de réparateurs Cyclofix. Par exemple, « il faut que les pistes soient suffisamment éclairées, ce qui réduit le sentiment d’insécurité », estime Camille Hanuise.

Le booster VAE

Au sujet des infrastructures, la militante demande également davantage de solutions de stationnement : « Les femmes sont de fait plus souvent sujet à faire des arrêts multiples, que ce soit pour des courses, ou pour chercher les enfants. Et ne pas pouvoir garer son vélo en sécurité peut être un frein à sa pratique. » Autre point de blocage, la question de l’équipement. « En général, il est unisexe, mais en fait pas du tout adapté aux femmes », relève lors de cette table ronde Ophélie Laffuge, fondatrice de Beyond My Bike, une communauté des femmes à vélo. « C’est plus compliqué de s’adapter pour une femme que pour un homme, abonde Caroline Labroue, fondatrice de l’e-shop Je suis à vélo. Avec une jupe, des talons ou un sac à main, ce n’est pas facile et l’écosystème vélo n’a pas pris ça en compte. » Pour Ophélie Laffuge, il faut des équipements créés par des femmes pour des femmes, tout simplement, parce qu’un « homme ne se pose pas la question de comment rouler avec une jupe vu qu’il n’est pas concerné ».

Mais en parlant d’équipement, il en est un qui a été un « vrai game changer », selon les mots de Marie-Xavière Wauquiez, c’est le vélo à assistance électrique (VAE). « Il efface le relief et le vent, qui passent d’obstacles à de simples péripéties, et ça devient plus sécurisant de rouler », explique-t-elle. « Le VAE a été un des ressorts qui a mis énormément de monde à vélo, qui n’est plus seulement vu comme un objet sportif », ajoute Caroline Labroue qui demande à ce sujet « d’arrêter de complexer les gens sur le VAE ». D’ailleurs, pour la jeune entrepreneuse, le fait que le vélo soit devenu un objet du quotidien a permis aux femmes de s’en emparer plus facilement.

La question des cadres ouverts

Néanmoins, si la tendance va vers davantage d’égalité homme-femme, il reste du chemin à parcourir. « Le vélo n’est que le révélateur de la place des femmes dans la société », estime ainsi Ophélie Laffuge. « Une partie des inégalités à vélo viennent des inégalités hommes/femmes de la société, ajoute Caroline Labroue. Faire des aménagements ne suffit pas. Il faut renverser le problème : pourquoi les femmes se sentent moins en sécurité ? C’est parce qu’elles se sentent moins en sécurité dans l’espace public. » Elle appelle ainsi à déconstruire les schémas mentaux sur le vélo. Par exemple, le fait que les cadres ouverts seraient réservés aux femmes. « C’est une distinction artificielle, juge Camille Hanuise. Aux Pays-Bas, beaucoup d’hommes circulent avec des vélos hollandais, à cadre ouvert. » D'ailleurs les Vélib' sont à cadre ouvert et souvent empruntés par des hommes.

Pour les femmes qui ont franchit le pas, « le sentiment qui revient le plus est celui de liberté, assure Ophélie Laffuge. Les femmes deviennent maîtresses de leurs trajectoires, de leurs mouvements, en totale indépendance. Cet instant où on est seule sur son vélo avec soi-même, ce sont des moments précieux pour les femmes. » Avant de conclure : « Le vélo est un peu le nouveau balai des sorcières. »