Notre-Dame-de-Paris : Après le sarcophage, faut-il s’attendre à de nouvelles découvertes ?

ARCHEOLOGIE Malgré les découvertes déjà réalisées par les archéologues, cette semaine de fouilles sera bien la dernière

Romarik Le Dourneuf
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Les fouilles ont déjà révélées un sarcophage en plomb.
Les fouilles ont déjà révélées un sarcophage en plomb. — JULIEN DE ROSA / AFP
  • Des fouilles ont commencé le 2 février dernier dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Elles ont déjà révélé des sépultures dont un sarcophage en plomb du XIVe siècle, et des morceaux de l’ancien jubé.
  • Les recherches préventives s’arrêteront le 25 mars prochain, même si de nouvelles découvertes sont faites, en raison de l’agenda qui fixe la fin de la rénovation et la réouverture de la cathédrale à 2024.
  • Les archéologues et historiens savent que fouiller entièrement la cathédrale permettrait des recherches fructueuses pour la science, mais empêcheraient la réouverture au public.

Le 14 mars, le ministère de la Culture a annoncé la découverte d’importants vestiges archéologiques dans les recherches qui précèdent les travaux de reconstruction de la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ce lundi, se lance la dernière semaine de fouilles qui doivent s’achever le vendredi 25 mars. De quoi attendre une poursuite des fouilles et de nouvelles découvertes ? C’est ce que 20 Minutes a cherché à savoir.

Un sarcophage en plomb datant du XIVe siècle et des morceaux de l’ancien jubé de Notre-Dame détruit au XVIIe… Les trésors découverts par les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sont exceptionnels. Le sarcophage d’abord. S’il n’est pas surprenant d’en trouver un de cette époque dans une église et que l’on sait que Notre-Dame surplombe au moins 400 sépultures, il est unique en son genre puisque c’est le seul découvert à Paris. Pour les morceaux de jubé, c’est plutôt la faible profondeur, et la qualité de leur préservation qui interpellent.

Un dernier secteur… et c’est tout

De quoi aiguiser l’appétit des archéologues et des amateurs d’Histoire. Qu’ils se rassurent, la dernière semaine pourrait voir encore de nouvelles trouvailles émerger de la cathédrale. Après les secteurs du sarcophage et celui du jubé, il reste un troisième à fouiller avec une maçonnerie qui pourrait participer d’un état ancien de la cathédrale gothique, voire même d’un édifice plus antérieur, la cathédrale romane sur laquelle on a très peu d’éléments.

Et après ? « On ne poussera pas plus loin les investigations, explique Dorothée Chaoui-Derieux de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), qui commande les fouilles, on sait qu’il y a des sépultures partout, que le rempart du Bas-Empire passe sous la cathédrale au niveau du bas-côté Sud, mais ce sont des secteurs qui ne sont pas concernés par le chantier, et par les opérations archéologiques à venir. »

Un agenda à respecter

En résumé, malgré les récentes découvertes et même en cas de nouvelles à venir, les fouilles s’arrêteront. De quoi frustrer les archéologues, sans aucun doute, mais le deal de départ était clair, Emmanuel Macron avait donné cinq ans pour la reconstruction de la cathédrale, et trois se sont déjà écoulés. Et le général Georgelin, président de l’établissement public pour la conservation et la restauration de Notre-Dame, est bien décidé à respecter les plannings.

Une décision et une raideur qui pourraient choquer, mais qui s’expliquent selon Mathieu Louis, historien de l’architecture, spécialiste des cathédrales et professeur à l’Université Paris-Cergy : « Il y a énormément de choses enfouies sous la cathédrale parce qu’il y a une succession d’édifices depuis, au moins, l’époque Gallo-romaine. Si on voulait faire des fouilles complètes, la réouverture en 2024 serait impossible. »

Notre-Dame n’est pas Pompéï

D’abord, les fouilles ne pourraient avoir lieu que sur les parties qui ne sont pas échafaudées, or certaines le sont pour la rénovation, et d’autres tout simplement pour soutenir les parties affaiblies. Ensuite, il faudrait faire ces fouilles avant les travaux de rénovation du matériel, à cause de la poussière qu’elles soulèveraient, ce qui est impossible sur les deux années restantes. « Il faudrait le faire morceaux par morceaux, ce serait extrêmement compliqué, avec la rénovation, ou les visites dans les années à venir. En plus, certaines parties du sol ne sont pas abîmées, on ne peut pas y toucher comme cela. »

« Ce serait fantastique d’aller voir sous la nef, où se trouve la cathédrale précédente, sous le cœur. Et plus encore, la cathédrale précédente était la plus grande basilique paléochrétienne en Gaule », ajoute Mathieu Lours. Mais l’historien se fait une raison : « Notre-Dame n’est pas Pompéï. Le diocèse a besoin de sa cathédrale, Paris a besoin de Notre-Dame et les visiteurs souhaitent la voir. Ce serait passionnant de tout fouiller, mais il faut tenir entre l’usage de l’édifice et la connaissance. » Philosophe, il se réjouit déjà des trouvailles qui ont été faites, les premières depuis 160 ans.