Ile-de-France : La région devient le premier désert médical de France

SANTE L'Union régionale des médecins libéraux alerte sur la situation de l’Ile-de-France dont la majorité de la population vit dans des zones sous-dotées en généralistes

20 Minutes avec AFP
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Cabinet de Medecin generaliste de la Maison de Sante Pluridisciplinaire de Menilmontant, Paris (Illustration)
Cabinet de Medecin generaliste de la Maison de Sante Pluridisciplinaire de Menilmontant, Paris (Illustration) — © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Ile-de-France devient « le premier désert médical de France métropolitaine », selon l’Union régionale (URPS). Dénonçant « un risque vital engagé », elle indique que les deux tiers de la population d’Ile-de-France vivent dans des zones en sous-effectif de médecins généralistes.

« Nous avions sonné l’alerte et maintenant on y est. Nous avons des risques de perte de chance pour les patients », a averti Valérie Briole, présidente de l’URPS Ile-de-France des médecins libéraux, une association constituée de 60 médecins libéraux élus par leurs pairs, lors d’une conférence de presse de la métropole du Grand Paris (MGP).

1,7 million de patients « sans médecin traitant » en Ile-de-France

Se basant sur le prochain zonage de l’ARS Ile-de-France, ces médecins libéraux ont indiqué qu’actuellement 7,5 millions de Franciliens (62,4 % de la population) vivaient dans un « désert médical », les zones où l’insuffisance de l’offre de soins est la plus marquée, selon le classement des Agences régionales de santé (ARS). Ces zones ne couvraient que 37 % du territoire en 2018. Des chiffres auxquels s’ajoutent 4,2 millions d’habitants vivant en zone fragile (soit 33,9 %) où « il n’y a également pas le nombre de médecins et de soignants nécessaires pour accéder correctement aux soins ».

Conséquence : 1,7 million de patients se retrouvent « sans médecin traitant en Ile-de-France », « des services de garde ferment faute de médecins » et les centres d’appels manquent de médecins régulateurs.

La région perd 3.742 médecins en dix ans

Selon les chiffres de l’association, en dix ans, la région a perdu 3.742 médecins libéraux dont 1.821 généralistes. Mais aussi 28 % de ses dermatologues, 26 % de ses gynécologues, 22 % de ses ophtalmologues et de ses rhumatologues.

« C’est une catastrophe et ce n’est pas près de s’arranger », a dénoncé Valérie Briole, ajoutant qu’en Ile-de-France, un médecin sur deux avait plus de 60 ans et un sur quatre, plus de 65. « Cela donne une idée de la progression des déserts », a ajouté la rhumatologue.

Augmenter les tarifs pour arrêter « l’hémorragie de médecins »

« Pour contrecarrer cette hémorragie de médecins », l’URPS estime qu’il faudrait notamment augmenter les tarifs de consultation, ces derniers « étant parmi les plus bas d’Europe » afin de recréer de l’attractivité, élargir les critères d’aide financière à l’installation, et que soit mis en place un service de soutien économique, juridique, immobilier aux cabinets fragilisés. Mais également multiplier, en Ile-de-France, les postes d’internes et les lieux de stages libéraux et exonérer de charges leur médecin employeur pour leur dégager du temps médical…

« Nous sommes devant une catastrophe sanitaire qui dépasse celle du  Covid », a estimé Ludovic Toro, président de la commission santé à la MGP, arguant qu’il fallait « maintenant réfléchir à la décentralisation en donnant aux soignants et aux élus une possibilité de décider du futur ».