Maltraitance animale : Le chien Gaspard soutenu par plus de 70.000 signataires

MOBILISATION L’association de la Brigade animale bénévole (Abab) refuse que le chien confisqué soit rendu à son propriétaire qu’elle soupçonne de maltraitance animale

Guillaume Novello
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C'est un chien de type American Staff que l'association a recueilli (illustration).
C'est un chien de type American Staff que l'association a recueilli (illustration). — Jeremy Martin/AP/SIPA
  • L’association de la Brigade animale bénévole (Abab) a reçu des signalements de maltraitance animale pour deux American staffs à Malakoff.
  • Elle a sollicité une intervention de la police qui a eu lieu le 10 février dernier. Le propriétaire, interpellé, ne voulait néanmoins pas céder un de ses chiens. Et le parquet de Nanterre lui a finalement donné raison.
  • C’est pour s’opposer à cette décision que l’Abab a lancé une pétition qui a déjà rassemblé plus de 70.000 signataires.

Gaspard est à l’abri, mais pour combien de temps ? C’est la question qui hante l’association de la Brigade animale bénévole (Abab). Et c’est pour tenter d’avoir une réponse que ce collectif né en 2016 et rassemblant plus de 2.500 bénévoles dont une grosse moitié appartenant aux forces de l’ordre, a lancé le 13 février une pétition en ligne intitulée « Empêcher la restitution d’un chien battu à son tortionnaire » et qui a déjà rassemblé plus de 72.000 signataires.

L’association de protection animale n’a pourtant pas pour habitude de lancer de telles pétitions. « En général, nous avons des signalements de maltraitance animale sur notre page Facebook, explique Cindy, codirigeante de l’Abab. Après nous vérifions grâce à un réseau d’enquêteurs et nous essayons de résoudre le problème à l’amiable avec le propriétaire, soit en donnant des conseils, soit en proposant une cession et un transfert dans une famille d’accueil. » Dans les cas les plus graves, l’association fait appel aux forces de l’ordre, aux collègues en quelque sorte.

Plainte au commissariat

Et c’est ce qu’il s’est passé pour ce propriétaire de deux American staffs résidant à Malakoff (Hauts-de-Seine). « Nous avons eu des signalements de violence de la part du voisinage et obtenu cinq témoignages sur Cerfa avec photocopies des pièces d’identité, ainsi que des enregistrements audio de hurlements de chiens que nous avons publiés sur notre page Facebook », indique Cindy, qui fait par ailleurs part d’éventuels sévices sexuels. S’ensuit une plainte au commissariat de Vanves en octobre dernier pendant que l’Abab cherche des familles d’accueil parmi ses bénévoles.

Voici Gaspard, dans sa famille d'accueil.
Voici Gaspard, dans sa famille d'accueil. - Abab

Finalement, le mercredi 10 février au matin, le propriétaire est interpellé et placé en garde à vue. S’il accepte de céder la femelle, renommée Niska, il veut conserver le fils de celle-ci, le fameux Gaspard. Or, « à 16 heures, nous recevons une demande du parquet de Nanterre de restituer le Staff, qui avait pourtant des troubles du comportement, à son propriétaire pour infraction insuffisamment caractérisée, avant même que les chiens aient eu le temps de voir un vétérinaire », se désole Cindy. L’association renvoie un mail au parquet qui revient sur sa décision en attendant l’audition prochaine du propriétaire.

Virement et revirement du parquet

Celui-ci est entendu le vendredi 12 et produit un certificat vétérinaire attestant l’absence de maltraitance. En conséquence, la justice demande à nouveau la restitution du chien. « On ne comprend pas parce qu’en plus des témoignages, l’homme a commis plusieurs infractions : il n’a pas de permis pour posséder de tels chiens et il a procédé illégalement à la reproduction de Niska », s’étonne la bénévole. Face à cette situation incompréhensible, l’Abab décide donc de lancer une pétition avec le succès que l’on sait. Puis elle renvoie alors un mail au parquet qui le mardi suivant revient à nouveau sur sa décision et confirme le maintien de Gaspard en famille d’accueil dans l’attente d’une expertise vétérinaire.

« Faire une expertise aussi tard n’a pas de sens car après trois semaines en accueil, la maltraitance n’est quasiment plus visible », dénonce Cindy. Mais depuis, l’association est sans nouvelles du parquet, qui nous confirme seulement qu’une « enquête est ouverte depuis le 9 octobre 2021 concernant ces faits ». Le propriétaire, quant à lui, envoie régulièrement des messages sur la page Facebook de l’Abab et « il nous a aussi appelés sur le numéro d’urgence à trois heures du matin », précise Cindy. En attendant des nouvelles de la justice, Gaspard vit à l’abri dans sa famille d’accueil, en attendant que quelqu’un tranche sur son avenir.