Crack à Paris : L'arrêté ministériel sur les « salles de shoot » est paru, reste à les mettre en place

ACCOMPAGNEMENT Pour la Fédération addiction, « il s’agit d’une très bonne nouvelle »

Guillaume Novello
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La salle de consommation à moindre risque, située dans l'hôpital Lariboisière, se voit prolongée jusqu'en 2025.
La salle de consommation à moindre risque, située dans l'hôpital Lariboisière, se voit prolongée jusqu'en 2025. — ISA HARSIN/SIPA
  • Olivier Véran a publié dans le Journal officiel du 23 février un arrêté détaillant les modalités de mises en place des haltes soins addictions (HSA) qui vont remplacer les salles de consommation à moindre risque, aussi appelées « salles de shoot ».
  • Ces futures HSA devront être situées « à proximité des lieux de consommation afin d’être proches des usagers ».
  • Pour la Fédération addiction, « il s’agit d’une très bonne nouvelle : les dispositifs de consommation à moindre de risque […] vont pouvoir se poursuivre et se développer ».

C’était un arrêté attendu depuis pas mal de temps. Olivier Véran a fait paraître au Journal Officiel du 23 février l’arrêté « du 26 janvier 2022 portant approbation du cahier des charges national relatif aux haltes "soins addictions" » (HSA). Derrière ce terme se cachent les fameuses salles de consommation à moindre risque (SCMR) — que les HSA remplacent — plus connues sous le nom, assez impropre au demeurant, de « salles de shoot ». Concrètement, cet arrêté qui détaille assez précisément les modalités de mises en œuvre des HSA, ouvre la voie à leur implantation partout en France où cela peut être utile, et notamment en région parisienne, pourvu que les acteurs institutionnels se mettent d’accord.

Pour la Fédération addiction, « il s’agit d’une très bonne nouvelle : les dispositifs de consommation à moindre risque, dont toutes les études démontrent l’utilité et la pertinence, vont pouvoir se poursuivre et se développer », indique-t-elle dans un communiqué. Même écho du côté d’Anne Sourys, adjointe à la maire de Paris en charge de la Santé : « C’est une bonne nouvelle, les HSA vont pouvoir être discutées. »


En préambule, l’arrêté rappelle que « les résultats finaux de l’évaluation des deux salles existantes [à Paris et Strasbourg] mettent en évidence des effets positifs sur la santé des personnes concernées, un rapport coût-efficacité acceptable pour la société ainsi qu’une absence de détérioration de la tranquillité publique ». Ce qui justifie l’extension de l’expérimentation. D’ailleurs, les deux SCMR pionnières qui devaient fonctionner jusqu’en mars 2022 se voient prolongées jusqu’au 31 décembre 2025.

Eviter les risques de surdose

Ces nouvelles HSA, renommées dans le « but de renforcer la dimension d’accès à un parcours de santé de ces dispositifs » doivent remplir plusieurs objectifs : « Contribuer à réduire, chez les usagers actifs, les risques de surdose, d’infections et d’autres complications liées à la consommation de drogues » et à « faire entrer les usagers de drogues […] dans un parcours de santé ». L’arrêté prend bien soin de préciser, pour rassurer le contribuable, que les HSA permettent d’économiser les deniers publics. L’évaluation des deux SCMR chiffre « les coûts médicaux évités à 11 millions d’euros pour les deux salles ».

Concernant leur éventuelle localisation, l’arrêté indique que « la mise en œuvre des expérimentations des HSA est confiée […] à des centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues (CAARUD) et à des centres de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) ». Qui plus est, ces HSA devront être situées « à proximité des lieux de consommation afin d’être proches des usagers et de réduire les nuisances publiques là où elles sont les plus tangibles ». Ce qui resserre le maillage même si Anne Souyris prévient qu'« on ne va pas implanter des HSA partout où cela est possible. Il faudra faire un diagnostic avec les acteurs de terrain pour savoir où les installer ».

Travailler ensemble, pas une mince affaire

Avant même la mise en place d’une HSA, doit être installé un comité de pilotage qui est dirigé conjointement par « le maire de la commune où est implantée la HSA, le directeur général de l’ARS, le préfet de département territorialement compétent et le procureur de la République ». Dans le cas parisien, les HSA seront donc gérées conjointement par Anne Hidalgo et le préfet d’Ile-de-France, dont les relations ne sont pas toujours très cordiales sur la question du crack. D’ailleurs Anne Souyris espère « que le préfet fera en sorte que l’on se réunisse vite, notamment avec les acteurs de terrain, pour discuter des HSA ».

SI l’élue parisienne se satisfait de la publication de l’arrêté, elle regrette qu’il n’y ait rien sur l’hébergement, ce qui entrave la logique de parcours de soins. « Cela doit s’articuler avec la HSA et il faudrait faire comme à Strasbourg où il y a des hébergements aux étages supérieurs de la SCMR ». De son côté, la Fédération addiction, précise que ces HSA « ne peuvent pleinement jouer leur rôle qu’en lien étroit avec les dispositifs de soins ».