« On essaie de cacher la misère »

David Thomson

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Pour beaucoup de conseillers du Pôle emploi, le mariage éclair entre Assedic et ANPE n'est pas simple. Jeudi, en Ile-de-France, 5 à 10 % d'entre eux étaient en grève pour attirer l'attention sur les conditions de cette union. « Ce n'est pas la fusion qui est mauvaise. C'est la façon dont cela s'est fait, à la va-vite ». Derrière son guichet du tout nouveau Pôle emploi de Gonesse (Val-d'Oise), Hélène confesse un certain « stress » depuis la fusion, en décembre. Embauchée en 2006 à l'ANPE, elle s'occupait uniquement de « placer » les demandeurs d'emploi. Aujourd'hui, après une semaine de formation, elle doit également savoir indemniser les 220 chômeurs qu'elle suit.

« On a tout survolé, explique-t-elle. C'est très frustrant, on ne peut pas répondre aux questions. Je suis obligée de dire "allez voir ma collègue" ». Avec vingt-six ans de maison aux Assedic, Monique connaît, elle, par coeur les grilles d'indemnisation, mais beaucoup moins les secrets du placement des chômeurs. « Le demandeur est content, il ne s'adresse plus qu'à un guichet, explique-t-elle. Mais il ne voit pas que nous derrière, on galère, parce qu'on essaie de lui cacher la misère. Le but de la réforme, c'est de suivre la personne du jour de son arrivée à celui de son départ. Mais pour l'instant, on n'est pas au top. » La fusion est également rendue plus difficile par la hausse du nombre de bénéficiaires. Un conseiller est censé n'accompagner qu'une soixantaine de personnes. En réalité, c'est souvent le triple. Pour autant, le Pôle emploi de Gonesse ne connaît pas de retard inquiétant dans les dossiers. « On a eu des difficultés à l'allumage, reconnaît Marc Baillot directeur de Pôle emploi Ile-de-France. Mais on recrute 45 nouveaux collaborateurs et les choses se remettent en place. » W