Dans l’Essonne, une cabine de télémédecine dans une mairie pour éviter le désert médical

DESERT MEDICAL La ville de Ballainvilliers, dans l’Essonne, a installé une cabine de télémédecine ce vendredi à l’intérieur même de la mairie. Un dispositif destiné à pallier le manque de médecins

Romarik Le Dourneuf
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Le patient est assis sur un fauteuil entouré des appareils médicaux
Le patient est assis sur un fauteuil entouré des appareils médicaux — H4D
  • Ce vendredi, la mairie de Ballainvilliers a présenté une cabine de télémédecine qu’elle accueille en son sein.
  • Créée par la société H4D, cette cabine permet la téléconsultation d’un médecin avec quinze instruments et capteurs qui permettent de pratiquer des examens dignes d’un hôpital.
  • Certifié et sécurisé, le dispositif permet au médecin de pratiquer 97 % des actes médicaux qu’il pourrait faire en cabinet.
  • H4D espère, grâce à son système, convaincre un maximum de médecins généralistes de participer au programme et ainsi soulager les déserts médicaux.

Une première réponse aux déserts médicaux ? Ce vendredi, la société H4D présente sa cabine de télémédecine installée dans la mairie de Ballainvilliers. Comme de plus en plus de communes en Île-de-France, cette ville de l’Essonne est confrontée au manque de médecins. Sur les quatre médecins qui s’occupaient des 5.000 Ballainvillois il y a quelques années, deux sont désormais à la retraite et une est partie. Pour pallier ce manque, la mairie décide de faire appel à H4D pour offrir un service de consultation en son sein.

Le look futuriste de la cabine pourrait laisser penser au spa ou au hammam d’un centre de bien-être. Pourtant, ces capsules blanches donnent accès à une consultation avec un médecin dans des conditions (presque) réelles. « Nous voulions répondre au manque de moyens médicaux de certaines zones. Nous avons donc reproduit autant que faire se peut l’acte médical pratiqué dans un cabinet », explique Franck Baudino, médecin et fondateur de H4D. C’est tout à fait ce que recherchait Stéphanie Gueu-Viguier, la maire de Ballainvilliers : « Le but est de désengorger le cabinet médical en traitant au maximum les soins du quotidien tels que les rhumes ou les certificats médicaux. »

Un dispositif de qualité hospitalière

A l’intérieur de la cabine, le patient se retrouve en tête-à-tête avec un médecin bien réel sur son écran. Mais la différence avec les consultations en visioconférence que beaucoup ont pu connaître depuis le début de l’épidémie de Covid-19, est qu’ici, il va pouvoir passer toute une batterie d’examens cliniques à distance. Tension artérielle, stéthoscope, électrocardiogramme, dermatoscope… Au total, quinze instruments et capteurs sont présents à l’intérieur de la cabine. Grâce à ce dispositif médical de classe 2, soit la qualité des appareils qu’on trouve à l’hôpital, le patient va pouvoir réaliser lui-même les examens nécessaires.

La cabine de télémédecine peut être installée dans n'importe quel établissement
La cabine de télémédecine peut être installée dans n'importe quel établissement - H4D

« Le médecin va guider le patient tout au long de la consultation. Si vous toussez, il faut savoir si ce sont les poumons ou le cœur. Ainsi, le docteur pourra vous dire de prendre l’instrument numéro 6 sur votre droite et de le disposer ainsi… Un peu plus à gauche, un peu plus haut… », détaille Franck Baudino.

Suivi et confidentialité

H4D garantit ainsi que le médecin peut pratiquer dans de bonnes conditions, puisqu’il reçoit les résultats en direct. De plus, ceux-ci sont envoyés « en binaire », en clair, soit les résultats sont reçus et certifiés corrects, soit il ne les reçoit pas et recommence l’examen. Ainsi pas de risque de mauvaise information.

Le médecin généraliste peut guider le patient pendant les examens
Le médecin généraliste peut guider le patient pendant les examens - H4D

Comme dans un cabinet médical, la confidentialité est garantie puisque la cabine ne laisse filtrer aucun son à l’extérieur. « Pour renforcer ce sentiment d’intimité, nous avons placé la cabine dans une salle à part, avec à côté une salle d’attente », précise Stéphanie Gueu-Viguier. De plus, cette salle permet, pour les mineurs ou pour les personnes âgées de garder la porte de la cabine ouverte afin de rester en contact avec leur accompagnateur.

Le suivi médical est également assuré car les médecins qui travaillent avec H4D signent une charte les obligeant à faire un compte rendu après chacune des téléconsultations, pour permettre au prochain praticien d’avoir toutes les informations nécessaires : médicaments prescrits, pathologies, examens et même photos.

Soulager les déserts médicaux

Franck Baudino ne manque pas d’arguments pour prouver la fiabilité de son dispositif. Sa société y travaille depuis sa création en 2008. Le logiciel intégré, résultat de douze années de développement par les ingénieurs de H4D, est certifié et l’entreprise travaille avec le Conseil national de l’ordre des médecins et les agences régionales de santé (ARS). Les données enregistrées sont entièrement cryptées et stockées chez un hébergeur de données de santé agréé en France. Cerise sur le gâteau, l’entreprise travaille avec un réseau d’industriels français et 100 % de ses machines sont fabriquées dans l’Hexagone.

L’entreprise dispose déjà d’une certaine expérience puisqu’après sept années de protocoles, de tests et d’autorisations ministérielles acquises, près de 200 machines équipes déjà des collectivités territoriales et près de 60 % des entreprises du CAC 40.

S’il insiste sur le fait que la pratique en cabinet reste fondamentale, Franck Baudino espère convaincre toujours plus de médecins de souscrire à cette forme de consultation. Son espoir pour les patients est de pouvoir proposer leur médecin traitant ou, à défaut, un médecin de leur département. « Les praticiens reçoivent une formation, et peuvent alors réaliser 97 % de ce qu’ils font en cabinet. Si chacun pouvait offrir une demi-journée ou une journée par semaine de téléconsultation, cela aiderait à soulager les déserts médicaux. »

La cabine de la mairie de Ballainvilliers sera mise en service le 1er mars prochain, le temps pour les personnels de la mairie de se former. « Le personnel assurera l’accueil des patients, le nettoyage et la désinfection, ainsi que le remplacement des consommables », explique Stéphanie Gueu-Viguier qui ajoute que, dans un premier temps, la cabine sera ouverte trois demi-journées par semaine, le temps de se roder, avant une ouverture calée sur les horaires de la mairie. En tout, la mairie aura investi près de 60.000 euros pour cette machine (plus 40.000 euros provenant de subventions départementales et régionales) pour pallier au manque de médecins dans sa commune.