Plus touchés par la pollution à Paris, nos conseils aux piétons et cyclistes pour s’en prémunir

SANTE Une étude de l’Inserm affirme que les piétons et les cyclistes subissent davantage les effets de la pollution du trafic routier que les automobilistes eux-mêmes

Romarik Le Dourneuf
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La proximité des cyclistes avec le trafic routier les exposent davantage à la pollution. (Illustration)
La proximité des cyclistes avec le trafic routier les exposent davantage à la pollution. (Illustration) — C.Follain/20Minutes
  • Les chercheurs de l’Inserm et de la Sorbonne université ont mené une étude sur la concentration de particules de carbone de suie. Celle-ci révèle que si les automobilistes, motards et passagers de bus sont plus exposés à cette pollution, ce sont les cyclistes et piétons qui en inhalent le plus.
  • Une technique novatrice, mêlant une mesure au niveau de la bouche et du nez ainsi qu’un capteur d’activités, montre que la ventilation supérieure des piétons et cyclistes les expose davantage à cette pollution.
  • Le pneumologue Bruno Housset conseille d’éviter les artères les plus empruntées par ces véhicules mais de continuer une activité physique dont les bienfaits sont plus importants que les effets de la pollution sur la santé.

A Paris, à vélo, on respire les  autos… C’est en substance ce que rapporte  une étude de l'Inserm et de la   Sorbonne Université publiée ce jeudi. Rien de révolutionnaire à première vue. Pourtant, à bien y regarder, les résultats des tests menés donnent quelques résultats surprenants.

Les équipes de l’Inserm ont suivi 280 volontaires lors de leur déplacement dans le Grand Paris. Parmi eux, des usagers de transports en commun, des automobilistes, des conducteurs de deux-roues motorisés, des cyclistes et des piétons. Les cobayes ont été suivis pendant six jours grâce à des capteurs situés au niveau de leur col, dans la « zone de respiration ». L’équipement a permis de mesurer la concentration de carbone de suie dans l’air respiré par les participants. Au total, près de 7.500 segments de déplacements. « Le carbone suie résulte de la combustion incomplète du carburant, en particulier  des moteurs Diesel », explique Basile Chaix directeur de recherche à l’Inserm, en charge de l’étude.

Les automobilistes plus exposés, les cyclistes plus sanctionnés

La pertinence de l’étude se trouve principalement dans la prise en compte à la fois de la pollution de l’air ambiant, mais aussi de la pollution effectivement inhalée par les participants. Les premiers résultats permettent de déterminer que ce sont les passagers de véhicules motorisés (voitures, scooters et bus) qui sont exposés à la plus grande quantité de carbone de suie liée au trafic routier. C’est plus que la concentration de pollution mesurée dans l’air qui entoure les cyclistes et plus encore que les piétons. Une donnée probablement due à leur situation au cœur des bouchons.

Mais en regardant la concentration de carbone de suie respirée par les participants, la hiérarchie s’inverse totalement. Ce sont en effet les piétons et les cyclistes, qui ne produisent pas cette pollution, qui en sont les plus grands « consommateurs ». Une incohérence ? Pas du tout selon Basile Chaix : « L’effort physique requis pour la marche et pour le vélo augmente le volume d’air inspiré par les participants, donc il y a une exposition supérieure aux particules polluantes. A fortiori pour les cyclistes qui ont une plus grande proximité avec le trafic routier. »

Le paradoxe de l’activité physique

Un constat confirmé par le professeur Bruno Housset, pneumologue et président de la Fondation du souffle : « Nous ventilons environ 15.000 litres d’air par jour. Quand on fait de l’exercice, cette ventilation peut être multipliée par 5 ou 6. Cela expose donc davantage aux polluants. » Une donnée inquiétante d’autant que la pollution est constante. Le pneumologue rappelle que les effets de ce type de particules peuvent être graves : « Au niveau respiratoire, ces particules fines (PM2.5) poussent les maladies respiratoires chroniques comme l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Elles peuvent contribuer au développement d’un cancer des poumons, prolonger des infections, et elles peuvent rentrer dans le corps et toucher les organes. »

Mais alors comment s’en prémunir lorsqu’on est piéton ou cycliste ? Si l’étude est d’abord destinée « aux décideurs et aux urbanistes », comme le précise Basile Chaix, en attendant que les vélos soient davantage protégés de la circulation et que nos modes de transports urbains et périurbains soient décarbonés, il existe quelques « petits trucs » pour limiter notre exposition à la pollution.

Eviter les bouchons et continuer le sport

Le premier conseil est d’éviter au maximum la pollution. Pas évident lorsqu’on vit en ville.. C’est pourtant, en partie, possible. Aussi, il est préférable de privilégier les petites rues aux grandes artères. De changer d’itinéraire plutôt que de longer les bouchons. De traverser un parc ou un jardin plutôt que de le contourner s’il est sur le chemin. « Des études menées en 2017 en Angleterre montrent que d’une rue à l’autre, la concentration de particules peut varier de manière conséquente », explique Bruno Housset. Des sujets sains et des malades se sont promenés dans Hyde Park, un grand parc londonien, et d’autres, dans le même temps, se sont baladés le long d’Oxford Street, une artère très fréquentée à quelques centaines de mètres. Au bout de deux heures, les mesures ont montré des signes de rigidité du système vasculaire chez les promeneurs d’Oxford Street. Pas chez les autres.

Une autre solution, très en vogue, pourrait aussi être de donner à votre corps un coup de pouce contre la pollution : le masque. Très populaire en Asie, bien avant le Covid-19, son efficacité a été peu étudiée dans la lutte contre la pollution. Toutefois, Bruno Housset avance des tests réalisés à Pékin sur des personnes avec et sans masques. Celles qui n’en portaient pas ont montré un resserrement de la variabilité du pouls, qui chez une personne en bonne santé varie beaucoup. « Ce n’est pas une protection ultime puisque les particules les plus fines et les gaz passent. Mais ça peut permettre de filtrer les plus grosses particules », commente le pneumologue.

« Quoiqu’il arrive, ce n’est pas une bonne idée d’aller courir en plein pic de pollution. Dans ce cas, il faut limiter ses activités physiques », alerte Bruno Housset, avant de finir sur une note plus rassurante : « Quand on regarde les effets positifs de l’exercice musculaire en comparaison des effets de la pollution, il n’y a pas photo. Plusieurs études ont montré que les années de vie gagnées grâce à l'activité physique​ sont très supérieures à celles perdues par la pollution. »

Les usagers du métro aussi subissent le trafic routier

L’étude de l’Inserm met en lumière une donnée surprenante concernant la pollution liée au trafic routier… dans le métro. La concentration de carbone suie dans l’air du métro est en effet supérieure à celle constatée auprès des piétons. « Notre hypothèse est que les particules se déposent sur les grilles de ventilation qui, à même le sol, subissent la proximité avec le trafic routier », explique Basile Chaix. Une pollution qui s’ajoute à celle, déjà constatée, produite par le freinage des trains.